Reprise du feu sous l'effet du mistral
La journée de ce jeudi était annoncée à haut risque par les autorités, et les prévisions se sont confirmées. Ravivé par le mistral, l'incendie de Pontevès a repris avec force. Depuis mardi midi, près de 2 700 hectares de végétation ont été détruits par les flammes. De nouvelles évacuations ont eu lieu à Cotignac, Montfort-sur-Argens et Pontevès.
Malgré le mistral et plusieurs dizaines de reprises de feu, l'incendie n'aura gagné que 200 hectares ce jeudi, grâce au travail des 550 sapeurs-pompiers engagés sur le site.
Une ambiance d'apocalypse
L'odeur âcre et irritante domine. Le vert est encore majoritaire dans le paysage, mais au détour d'un chemin, l'apocalypse s'ouvre : du gris, du noir, du blanc. Au pied de Pontevès, derrière le Gros-Bessillon, chemin du Fangas, des fumerolles s'échappent d'un sol lunaire. Le feu couve, à l'affût.
La nuit de mercredi à jeudi a été calme, selon le lieutenant-colonel Christophe Pasquini, commandant des opérations de secours. Suffisamment pour permettre au personnel de se reposer, tout en continuant à travailler sur les points chauds actifs. Mais la tempête s'annonçait avec le mistral attendu.
Des pompiers en première ligne
Chemin des oliviers, à Pontevès, une colonne travaille d'arrache-pied à éteindre la seconde reprise de la journée. Il y en aura cent d'ici la fin de journée. Manon, 18 ans, venue de Collobrières pour son premier jour en tant que pompier volontaire, est servie. Le sol est brûlant. Il faut agir vite, tirer la lance, arroser partout, y compris là où ça ne brûle pas.
« Il faut attaquer massivement et au plus vite », déclare l'adjudant-chef Albert Arsisi, chef de groupe feu de forêt. La noria des hélicoptères bombardiers d'eau ne suffit plus. Quartier des Haut Défens, un nouveau panache blanc s'élève. Une nouvelle colonne déboule.
Des habitants reconnaissants mais inquiets
Monique Denise, dont la maison familiale a été épargnée grâce à un débroussaillage de qualité, témoigne : « Mardi soir, une colonne de sapeurs des Ardennes a sauvé le forage et notre puits. Ils ont été formidables. Mais malgré tout le retardant, ça repart… »
La situation devient critique à Cotignac. Au loin, la fumée envahit les vignes, brouillard toxique en plein été. Les Canadair, arrivés en renfort, entament leur ballet aérien. Aux sirènes des engins s'ajoutent celles des notifications FR Alert. Il faut évacuer encore. Le mistral pousse les flammes vers l'est.
Le préfet confirme la gravité
« La situation est critique », souffle-t-on au poste de commandement. Le préfet Simon Babre confirme : « Le feu a repris vers 13 heures, alimenté par le mistral et surtout des taux d'humidité particulièrement bas, de seulement 10 % à certains endroits. » Parti du sommet du Gros-Bessillon, le feu s'est dirigé vers Cotignac, Carcès et Montfort-sur-Argens.
« Nous avons mis un maximum de moyens pour la défense du village de Cotignac qui était réellement menacé, poursuit le préfet. Mais nous avons repris un peu de terrain, notamment sur les deux sanctuaires, Saint-Joseph et Notre-Dame-de-Grâces. Ce sont des verrous. Si le feu les passe, il descend sur le cœur médiéval du village. »
Bilan : 25 maisons détruites
Les efforts ont payé. Un nouveau recensement établit à 25 le nombre de maisons détruites par les flammes, et une cinquantaine impactées. « Aucune ne l'a été aujourd'hui », précise le préfet. Le feu n'aura finalement grignoté que 200 hectares de plus, portant à 2 700 hectares le total de végétation carbonisé depuis mardi midi.
Mais pour cela, de nouvelles évacuations, notamment sur Cotignac, ont été nécessaires. « Il a fallu confiner la population du cœur du village, confie Simon Babre. Et les personnes qui avaient pu regagner leur domicile ce jeudi matin pour constater les dégâts ont dû quitter à nouveau leurs habitations. » Un principe de précaution indispensable.
L'espoir d'une accalmie
L'espoir est néanmoins réel de voir la brise marine remplacer le mistral ce vendredi matin. « Le front devrait se calmer, prédit le contrôleur général Eric Grohin. On pourrait avoir un répit de vent d'ouest, ce qui nous permettrait de sécuriser le secteur avec des lignes d'appuis retardants et de ne plus avoir à combattre point à point. »
Par ailleurs, la nuit a été mise à profit pour envoyer des drones survoler la zone afin de recenser les différents points chauds. « Un travail de fourmi », essentiel pour remporter cette guerre du feu.



