Correns, village meurtri par les incendies, vit un cauchemar sans fin
Correns, village meurtri, vit un cauchemar sans fin

Le sentiment d'être encerclés ne les a pas quittés. Alors que les routes pour accéder à Correns ont rouvert ce dimanche, le village reste une forteresse blessée, sur le qui-vive. Les habitants, plus que jamais prêts à défendre « leur colline », contemplent avec la mort dans l'âme les forêts de cendres qui les entourent.

« C'est une catastrophe, on le voit bien, tout le brûlé devant nous, s'exclame Henri, qui vit ici depuis 1958. Quand le feu est parti, on aurait dit que le village s'enflammait. » Deux amis, Daniel et Robert, s'approchent : « Heureusement qu'on a été protégé par les pompiers, ils étaient dedans avec nous. On a la chance de les avoir. »

Un village assiégé depuis plusieurs jours

Vendredi 31 juillet, plusieurs reprises ou départs de feu très suspects ont littéralement assiégé le cœur historique de Correns. Mais le village était déjà sous la menace de l'incendie de Pontevès depuis une douzaine de jours. Nicolas, membre du comité communal feux de forêt (CCFF), a vu le feu prendre de l'ampleur au lieu-dit Les Caounes. L'équipage a tenté de l'éteindre avec les 2 000 litres d'eau du camion. « Avec les fumées, on a vu d'où ça venait, on y est allé, mais ça a démarré très fort. » Trop fort.

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« On s'est fait bloquer par les flammes », raconte Nicolas. Le fourgon n'étant pas équipé d'auto-protection, comme ceux des pompiers, il a fallu battre en retraite. « On s'est mis au milieu d'un champ d'oliviers, on s'était gardé un peu d'eau en réserve, au cas où. » Le feu a forcé le passage vers le village, au sud. C'était le début de l'encerclement.

Devant la mairie, Nicole Rullan, mairesse de Correns, se remémore : « C'était l'enfer sur terre. Quand on était sur la place du village, on voyait les flammes au bout de chaque rue. De tous les côtés. »

La colère monte chez les habitants

Sous les platanes, ce dimanche, les habitants n'en finissent pas de dérouler ce maudit vendredi. « Le feu était soi-disant fixé, mais on a dit aux pompiers : "Ne partez pas, ça brûle encore" », enrage un petit groupe. Sylvie estime que les moyens aériens « sont arrivés trop tard ». « Il faut écouter les Provençaux, s'agace-t-elle. Quand il y a du vent, le feu reprend. »

Cédric et Thomas, l'un ouvrier viticole, l'autre viticulteur, témoignent de la virulence de l'incendie : « On a tous vu que c'était pas éteint aux Caounes. Mais c'est vrai, que c'est allé très vite. Le feu est descendu jusqu'aux tennis, il a passé la rivière. Et on a vu La Garde brûler. »

Carole retranscrit le sentiment qui affleure : « On se sent complètement isolés et oubliés. » Une colère liée à la douleur d'avoir beaucoup perdu et à la croyance qu'on « aurait pu tout sauver ».

Un bilan provisoire déjà très lourd

Avec déjà 1 850 hectares parcourus par l'incendie, le bilan n'est encore que provisoire. « Presque toute la forêt a brûlé, souffle la mairesse Nicole Rullan. Quand on regarde les cartes, il ne reste que le village. » Certains quartiers boisés ont beaucoup souffert. « Au chemin des Adrechs, vendredi, cinq maisons ont été détruites en un quart d'heure », précise-t-elle.

Au chemin de Malamort, les chênes sont carbonisés. Michel, dont la maison n'a pas brûlé, remercie les secours et les jeunes du village qui ont porté de l'eau aux pompiers : « Il y a un bon Dieu, ma maison n'a pas brûlé ! » Il a vu « une boule de feu » monter d'un petit bois, en contrebas. « Heureusement que je ne me suis pas avancé avec mon petit tuyau pour éteindre juste le bord. Ça s'est enflammé d'un coup. »

La Fraternelle, cœur battant de la solidarité

Au milieu du désastre, le cœur battant de Correns se trouve à la salle polyvalente, la bien nommée Fraternelle. « Ici, vous êtes devant un terreau de bénévoles du village, annonce Greg, qui vient de faire cuire des courgettes avec thym et ail en chemise pour les pompiers. On agit sur plusieurs fronts. Déjà, on fait de vraies rations, du vrai manger. » Une pique non dissimulée aux 450 rations officielles distribuées la veille, qualifiées de « nourriture de cosmonaute, très bien en cas de fin du monde ».

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Dans le premier village bio de France, les maraîchers locaux fournissent des légumes, que les bénévoles cuisinent « ici, ou chez eux ». Malgré la fatigue et les tensions, cette incroyable organisation a permis de servir entre 200 et 300 repas par jour. 60 militaires du 3e régiment du génie, basé à Charleville-Mézières, sont engagés dans le Var depuis une douzaine de jours. Nolan, déployé depuis 11 jours après les feux de Die et de Fontainebleau, raconte : « On fait une noria pour les pompiers sur le chantier, avant d'y retourner nous-mêmes. »

Une mobilisation sans précédent

Marie, mère de famille, est plus qu'une bénévole. « Les pompiers, ils ont besoin de quelque chose de consistant, qui leur donne de la force », dit-elle. Depuis 15 jours, elle fait la tournée de supermarchés à Saint-Maximin et Pourrières, où elle habite. « Je pense qu'on a amené 15 tonnes de nourriture. Du petit déjeuner aux repas, aux boissons, du frais, de tout. » L'idée de cette incroyable collecte a émergé quand sa fille de 8 ans a dit : « Maman, on aurait dû prendre à manger aux pompiers ! » Elle-même et son mari ont été sapeurs volontaires : « Alors, je sais ce qu'ils subissent. »

Dans la pénombre de l'ancienne cave coopérative, quelques pompiers récupèrent sur des lits de camp. Les 40 renforts roumains ont ici leur camp de base. Dehors, l'activité est intense, le ciel quadrillé de canadairs, hélicoptères et Dash. Les camions de pompiers transitent en permanence. À l'entrée du village, Christophe surveille la circulation. Il fait partie d'une chaîne humaine qui organise le transit dans les ruelles étroites du centre de Correns. On entend crier : « Gendarmerie », « Voiture ! », « Pompiers ! ». Des mains se dressent, la voie est libre. Il faut encore tenir.