La maire de Correns, Nicole Rullan, dresse un bilan sans concession de l'incendie du Gros Bessillon qui a ravagé son village cet été. Avec 1 720 hectares de végétation partis en fumée, soit 52 % de sa superficie, Correns est la commune la plus durement touchée par le sinistre. Cinq maisons ont été détruites par les flammes. La vie reprend son cours, difficilement.
Un feu hors norme qui a marqué les esprits
Arrivant à Correns, le paysage a changé. Aux feuillages provençaux en nuances de vert succèdent les teintes orangées des érables du Québec. Un résultat direct de l'un des sinistres les plus importants de ces dernières décennies. Pierre, habitué du bar du village, se souvient : « Je me souviens, en 1969, j'étais petit. On avait un énorme incendie. Mais là, c'était encore plus gros. Plus brutal. » Il évoque un événement traumatique qui resurgit : « C'est marrant, ça fait remonter les souvenirs, ce feu. C'était dans un coin de ma tête, et ça ressort. Les détails, l'odeur. »
En 1969, les bois de Correns avaient déjà brûlé. « Là où on jouait, où l'on construisait des cabanes », précise Pierre. En 2026, les collines ont de nouveau brûlé. « Un feu hors norme », selon la maire. Pierre décrit un phénomène impressionnant : « Le feu a créé son propre vent. Je l'ai vu passer au-dessus de ma maison : il y avait comme un tourbillon. » Le sentiment est « étrange » : « On s'est senti abandonné. On n'avait plus d'eau, plus d'électricité. »
Un vendredi noir, le 31 juillet
Nicole Rullan a affronté ces crises successives avec les moyens disponibles. « On s'en remet aux autorités, mais nous avons aussi pris des mesures, pour l'hébergement des personnes évacuées, pour le soutien aux pompiers. » Elle corrige néanmoins une impression : « La stratégie des sapeurs-pompiers, c'était de ne pas laisser le feu s'échapper vers d'autres communes. Cela pouvait donner l'impression qu'on laissait brûler Correns jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien à brûler. Mais cela reste une impression : ce n'est pas la réalité. » La réalité, ce sont « des hommes au sol, des hommes dans les airs », lance-t-elle.
La solidarité a fonctionné durant les 14 jours de lutte. « De toutes les rues, on voyait les flammes », se souvient la maire. Le 31 juillet, un « vendredi noir », le feu a « tout aspiré ». Cela faisait déjà 10 jours que l'incendie avait été déclaré. « C'était devenu notre quotidien, reprend Nicole Rullan. On avait la sensation d'un jour sans fin. Le matin, on organisait ce qu'on pouvait, l'après-midi, ça brûlait. C'est terrible, mais on s'y était habitué. » Ce vendredi-là, la reprise est violente. « Le feu est parti ventre à terre, glisse Pierre. En 20 minutes, il avait fait le tour du village. » La maire détaille : « Chaque heure, on évacuait un nouveau quartier. Ce jour-là, le village était coupé du monde. Des parents n'ont pas pu revenir, et des enfants ont dormi sans eux. »
La gestion de l'après-feu et les enseignements
Didier, également au bar, affirme que « tout le monde a eu peur ». Lætitia et lui habitent près de la coopérative. « De là, on avait vu sur tout le Bessillon. Le Gros Bessillon, c'est un rocher, le feu aurait dû rester là-bas, ce n'était pas trop grave. Mais il a foncé sur le village. » Face à ce sinistre, « on ne pouvait rien faire ». Durant les 14 jours de lutte, « chacun a apporté son aide comme il a pu », poursuit Pierre. « On a vu des agriculteurs, des paysans des villages alentour », raconte Didier. « Et le village est toujours debout. »
L'incendie a été déclaré fixé au bout de deux semaines. « C'est un des enseignements de cet incendie, note Nicole Rullan. Les feux ne seront jamais plus comme avant : ils vont durer. » L'autre enseignement est la force collective née du drame. « Correns s'est mis en marche. » Au début, les services municipaux se sont organisés pour la crise, puis « les habitants ont pris le relais » : « On s'organisait avec eux pour le soutien aux pompiers, pour la vigie, pour la circulation, pour le roulement des agriculteurs. Je pense qu'on a arrêté de penser individuellement, on s'est mis à penser collectivement. Les gens se sont détachés de leur personne pour sauver l'ensemble. »
Pour l'après-feu, la municipalité a décidé de mettre en place une convention citoyenne. « On a vu que quinze élus ne suffisent pas. Il faut participer à la vie du village », souligne la maire. Le Plan local d'urbanisme sera aussi observé : « L'habitat, les accès, l'alimentation en eau, la protection du village… Il y aura des choses à voir. » Afin d'éviter de revoir de telles catastrophes.



