Lio préside le jury Révélation du Festival du cinéma américain de Deauville. La chanteuse se produira ensuite sur la scène de l'Olympia le 17 décembre prochain, un spectacle qu'elle prépare comme une grande fête, pour dire au revoir à son public. Elle revient sur son rôle, ses combats et son lien avec ceux qui l'ont soutenue.
Un jury en harmonie
Interrogée sur le fonctionnement de son jury, Lio se dit ravie : « On est d'accord sur tout. Et ça me rend très heureuse. Les meilleures discussions sont celles qu'on a avec les gens qui sont d'accord avec nous, disait Sartre. Parce que du coup, vous mettez vos cerveaux ensemble pour aller plus loin dans l'analyse. Donc, ça va être très chouette de délibérer. On va pouvoir aller dans les détails puisqu'on est dans l'amour des mêmes choses. On ne va pas se disputer. »
La chanteuse a été surprise qu'on lui propose la présidence du jury. Elle salue le courage d'Aude Hesbert, la déléguée générale du Festival : « Tout le monde sait que je suis incontrôlable et elle a eu cran de me le demander. J'ai un peu arrêté d'aller au cinéma depuis deux ans alors j'ai pris comme une vraie chance le fait de pouvoir m'y remettre dans ces conditions. »
Un franc-parler assumé
Lio explique ce qu'elle entend par « incontrôlable » : « Je ne suis pas “sociale”. Je n'ai pas pu me forger ça. D'abord, j'ai quitté l'école à 16 ans pour devenir Lio et rentrer dans un monde plus grand que moi-même. Donc, de fait, je n'ai pas d'entraînement pour être polie. C'est pour cela que je suis très reconnaissante quand les gens me font confiance. » Elle ajoute : « Je ne regrette aucune de mes prises de position. Ouvrir ma gueule m'a coûté cher mais je continuerai à le faire. Je ne peux pas et ne veux pas être autrement. »
Elle raconte comment elle a commencé à exprimer sa colère : « Je le voyais à mon regard dans les interviews que je trouvais que les mecs abusaient de leur pouvoir. Je parle des intervieweurs. Mon sourire restait mais mes yeux clignaient en se rétrécissant. Il y a eu un moment dans ma carrière où on parlait davantage de mes grossesses et de ma vie privée que de mon travail. Je n'en pouvais plus. J'ai décidé de savonner la planche aux journalistes indélicats en ne me laissant plus faire. Je les remets à leur place tout de suite. Mais je présente mes excuses si je me rends compte qu'ils ne me veulent pas de mal. »
Un regard optimiste sur l'avenir des femmes
Lio se montre confiante pour les femmes : « Dans trente ans, les lignes auront bougé. Vous savez pourquoi ? Parce que les vieux cons seront morts. Même si le retour de bâton arrive, leur terrain est plus miné qu'il y a 40 ans. Ils avaient un boulevard devant eux et on y a placé des nids-de-poule. Les poules, c'est nous ! Ils ne peuvent plus rouler en enfreignant toutes les règles. On les voit et ils le savent. Ils nous détestent pour ça mais, maintenant, nos filles sont mieux armées que nous ne l'étions. Nous étions formatées à nous prendre cette violence dans la gueule et elles s'organisent de ouf. Je suis très fière de la jeune génération qui ne se laisse pas faire. »
Interrogée sur sa force de vie, elle explique : « Je suis une joyeuse de base. Quand la douleur pointe son nez, je lui ouvre les bras pour qu'elle passe au plus vite. Je crois que c'est la solution. On ne peut pas nier la douleur mais si on la voit venir, il faut se laisser aller, pleurer, baver, avoir la morve au nez, tomber par terre puis se relever. Une fois que c'est sorti, on se passe de la glace sur le visage, on se verse un petit verre d'un truc sympa et c'est reparti ! Comme un Gary Cooper au féminin, une cow-girl à l'ancienne. »
Le soutien du public, essentiel
Lio évoque l'importance du public dans sa carrière : « Si je n'avais pas eu le public provincial, les queers, les homos et toutes les femmes de la France profonde qui m'ont soutenue à bout de bras, jamais je n'aurais survécu à l'épisode Marie Trintignant. Toute la communauté queer LGBTQ et ces femmes qui m'embrassaient et qui me disaient que j'étais importante pour elles m'ont sauvée. J'ai tenu grâce à ces gens qui me réclamaient dans leurs villes alors que j'avais des soucis d'argent et qui me donnaient de l'amour quand j'étais au fond du trou. »
Pour l'avenir, elle souhaite se concentrer sur son spectacle à l'Olympia : « Mon avenir proche, c'est tenir bec et ongles avec les dents pour mon Olympia. Je voudrais vraiment y arriver parce que c'est mon au revoir. C'est ma façon de dire : Regardez, vous m'avez vue grandir. Vous vous rendez compte : j'ai grandi sous vos yeux. J'avais 16 ans et maintenant j'en ai 65. J'étais toute petite et je me croyais si grande. Et je suis toujours là envers et contre tout. J'ai tenu bon. J'ai reçu beaucoup d'amour et j'espère en avoir beaucoup donné. Il sera ensuite temps pour moi de m'arrêter pour me retrouver. »



