Les chiens présentent une phase de sommeil paradoxal (REM) physiologiquement comparable à celle des humains, ce qui rend l'existence de rêves canins probable, selon plusieurs études scientifiques. Cependant, aucune preuve absolue ne permet encore d'affirmer que les chiens rêvent, ni de connaître le contenu de leurs éventuels rêves.
Un sommeil semblable à celui des humains
Lorsqu'un chien endormi remue les pattes, agite les babines ou laisse échapper un petit cri, il est tentant d'imaginer qu'il revit une scène de sa journée. Ces mouvements ne suffisent pas à prouver qu'il rêve. Ils ont toutefois conduit les scientifiques à examiner ce qui se passe, à cet instant, dans son cerveau.
Le sommeil du chien n'est pas un état uniforme. Comme chez de nombreux mammifères, il alterne notamment entre sommeil lent, ou non-REM, et sommeil paradoxal, dit REM (Rapid Eye Movement, ou « mouvements oculaires rapides »). Durant cette dernière phase, l'activité cérébrale s'accélère, les yeux bougent sous les paupières et le tonus musculaire diminue fortement. C'est aussi l'état le plus souvent associé aux rêves vifs chez l'être humain.
Des études sur le sommeil canin
En 2014, des chercheurs hongrois ont mis au point une méthode permettant d'étudier le sommeil des chiens sans les anesthésier. La polysomnographie, couramment utilisée dans les laboratoires du sommeil humain, enregistre simultanément plusieurs paramètres : l'activité électrique du cerveau, les mouvements des yeux et le tonus musculaire. Des électrodes simplement posées sur la peau ont ainsi permis d'observer 22 chiens endormis près de leur propriétaire et de distinguer leurs différentes phases de sommeil.
En 2018, la même méthode a été employée lors d'enregistrements de trois heures menés auprès de 50 chiens âgés de 6 mois à 15 ans. Les données recueillies chez 31 d'entre eux ont permis de mesurer précisément les mouvements rapides des yeux pendant le sommeil paradoxal. Associés aux modifications de l'activité cérébrale et au relâchement des muscles, ces mouvements confirment que le chien traverse une phase REM comparable, sur le plan physiologique, à celle de l'être humain.
Or, chez l'humain, c'est pendant cette phase que sont rapportés les rêves les plus vifs et les plus construits. Cette ressemblance constitue donc un argument solide en faveur de l'existence de rêves chez le chien. Elle n'en apporte cependant pas la preuve absolue : observer un même état cérébral ne permet pas d'accéder à l'expérience mentale de l'animal.
Le sommeil travaille sur les souvenirs
Une expérience publiée en 2017 apporte un autre indice. Quinze chiens ont appris à répondre à des mots inconnus désignant deux actions maîtrisées, « assis » et « couché ». Ils ont ensuite dormi trois heures avec des électrodes, avant d'être testés de nouveau. Leurs performances se sont améliorées. L'apprentissage avait aussi modifié leur activité cérébrale pendant le sommeil lent et paradoxal. Certains changements en phase REM étaient liés aux progrès au réveil.
Le cerveau canin ne s'éteint donc pas : le sommeil traite des informations acquises à l'état de veille. Cela rend plausible la réactivation d'éléments vécus.
Des indices, mais aucun récit
Pattes ou babines qui tressaillent, yeux mobiles sous les paupières, vocalises : ces signes sont compatibles avec le sommeil paradoxal. Ils n'en révèlent pas le contenu. Durant cette phase, le cerveau freine les muscles posturaux, sans abolir tous les petits mouvements. Un gémissement ne prouve donc pas un cauchemar.
Même chez l'humain, sommeil paradoxal et rêve ne se confondent pas : des rêves sont rapportés après un réveil en sommeil lent, tandis qu'un réveil en phase REM ne livre pas toujours de souvenir. Le chien ne peut pas raconter son expérience, la réponse la plus rigoureuse est donc : il rêve probablement, au vu de son sommeil et de sa mémoire, mais nous ne pouvons ni le démontrer directement ni savoir à quoi il rêve.
Des secousses brèves sont normales. Des épisodes répétés, violents, ou accompagnés de raideur, de salivation ou de désorientation au réveil doivent être filmés et montrés à un vétérinaire : certaines crises peuvent ressembler à un rêve agité.



