Sigolène Vinson, rescapée de Charlie Hebdo, trouve refuge sur l'étang de Berre
Sigolène Vinson : son refuge sur l'étang de Berre

Les pipelines aux couleurs délavées serpentent le long de la route. D'un côté, l'eau écumeuse de la lagune, de l'autre, le marais salant piqueté d'oiseaux au repos – sternes naines, avocettes, mouettes rieuses… Au bout de la bande de bitume, des sphères géantes à l'éclat métallique, posées là comme des soucoupes volantes. On pourrait être dans le décor d'une BD steampunk ou dans un roman d'Antoine Volodine. On est dans les Bouches-du-Rhône, au bord de l'étang de Berre, cerné par l'industrie pétrochimique, des sites Seveso, et survolé par les avions qui décollent de l'aéroport de Marignane.

Un refuge inattendu

L'écrivaine Sigolène Vinson vit sur ses rives depuis plus de dix ans. Lorsqu'elle marche sur le sol sec et craquelé « comme une vieille peau d'éléphant », elle se trouve à la fois ici et ailleurs, sur cette langue de terre devenue son refuge et au pays de son enfance, Djibouti, où elle vécut dans le désert. Rescapée des attentats contre « Charlie Hebdo » le 7 janvier 2015, elle a longtemps hésité à écrire sur cette expérience traumatique. « J'ai mis du temps à écrire sur l'attentat, je ne savais pas quoi en dire », confie-t-elle.

« La Requine » : un chant d'amour pour la lagune

Son dernier livre, « la Requine », est un chant d'amour pour cette lagune à la mauvaise réputation. Publié en 2026, l'ouvrage mêle souvenirs personnels et observations de la nature. Vinson y décrit la beauté sauvage de l'étang de Berre, malgré la pollution industrielle. « C'est un lieu de contrastes, où la vie persiste obstinément », explique-t-elle. Le livre a été salué par la critique pour sa poésie et sa sincérité.

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Un quotidien entre industrie et nature

À Saint-Chamas, où elle réside, Sigolène Vinson observe chaque jour les oiseaux et les reflets changeants de l'eau. La zone est pourtant l'une des plus industrialisées de France, avec des raffineries et des usines chimiques. Mais pour l'écrivaine, cette cohabitation est une source d'inspiration. « Il y a une beauté dans cette confrontation entre le naturel et l'artificiel », dit-elle. Son regard sur l'étang de Berre offre une perspective unique sur un territoire souvent stigmatisé.

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