La Forêt des écrivains combattants, située dans le massif de l'Espinouse à Combes (Hérault), a été durement touchée par les tempêtes Nils et Pedro au printemps dernier. Des centaines d'arbres ont été abattus, laissant une immense cicatrice dans le paysage. Pourtant, élus, bénévoles et forestiers s'emploient à reconstruire ce site unique, à la fois lieu de mémoire, forêt de production et patrimoine naturel exceptionnel.
Un double traumatisme pour la forêt
La Forêt des écrivains combattants est née d'un double traumatisme. Après la Première Guerre mondiale, l'Association des écrivains combattants (AEC) a voulu honorer les 560 écrivains morts pour la France. En 1930, des inondations meurtrières dans le Midi ont été attribuées au déboisement. Pour lutter contre l'érosion tout en créant un haut lieu du souvenir, l'AEC, alors présidée par Claude Farrère, a lancé un vaste projet de reboisement avec le Touring Club de France. Le pépiniériste Francisque Lacarelle a offert 10 000 jeunes arbres. Les allées dédiées aux écrivains et la Croix de guerre monumentale du sculpteur Paul Moreau-Vauthier ont été inaugurées en juillet 1938. Après la Seconde Guerre mondiale, d'autres écrivains comme Saint-Exupéry ou Irène Nemirovsky ont rejoint les rangs.
Des dégâts importants mais un cœur mémoriel épargné
« Vous voyez, là, sur la crête, on avait comme une muraille de sapins. Aujourd'hui, il n'y a plus rien », témoigne Marie-Line Geronimo, maire de Combes, la voix voilée par l'émotion. « C'est comme si on nous avait volé le paysage qu'on contemplait chaque matin. » Selon elle, les résineux sont plus fragiles : « Tant qu'ils restent groupés, ils représentent une force. Mais quand la première rangée tombe, c'est l'effet domino. Comme sur un champ de bataille… » Le site a été épargné dans son cœur mémoriel, mais durement touché sur ses marges, offrant un paysage de troncs couchés et de branches arrachées.
Un chantier de reconstruction et de diversification
Les arbres abattus ne sont pas abandonnés. Dans cette forêt domaniale gérée par l'Office national des forêts (ONF), les bois sont triés selon leur qualité. Les plus beaux résineux (20-25 ans) deviennent des bois d'œuvre pour la charpente ou la construction, tandis que les sujets plus âgés sont orientés vers l'industrie papetière. Environ 40 % des recettes issues de la vente du bois sont réinvesties dans les plantations. Les forestiers privilégient désormais des peuplements plus diversifiés, mêlant résineux et feuillus, ce qui a permis l'apparition d'un cèpe endémique. L'objectif est de rendre le massif plus résilient face aux incendies, aux tempêtes et au changement climatique.
Un patrimoine mémoriel et naturel exceptionnel
La forêt est aussi un lieu de mémoire vivante. Jean Lavastre, président de la Clefec (Connaissance et lecture des écrivains de la Forêt des écrivains combattants), œuvre pour faire connaître ces écrivains. « Nous sommes une petite association, mais nous voulons faire vivre ce patrimoine exceptionnel. Il ne s'agit pas seulement d'entretenir des stèles. Il faut transmettre les œuvres et l'histoire de ces écrivains », explique-t-il. Des expositions itinérantes, conférences et lectures publiques sont organisées. Depuis la réhabilitation de 2016, des QR codes permettent de découvrir la biographie des écrivains.
Un projet d'accessibilité pour tous
À terme, les acteurs locaux souhaitent faire de la Forêt des écrivains combattants l'un des premiers grands sites mémoriels forestiers entièrement accessibles aux personnes à mobilité réduite, aux déficients visuels et aux curistes de Lamalou-les-Bains. « Ce lieu appartient à tout le monde. Si chacun pouvait le parcourir librement, ce serait la plus belle manière de faire vivre cette mémoire », concluent Marie-Line Geronimo et Jean Lavastre.



