Chaque année, les Français consomment en moyenne quatre kilos de cornichons par habitant, mais seulement 2% de cette production est réalisée dans l'Hexagone. L'Inde fournit à elle seule 80% des cornichons vendus en France, grâce à des coûts de main-d'œuvre jusqu'à dix fois inférieurs. Pourtant, une dynamique de relocalisation s'est enclenchée il y a dix ans, portée par le groupe Reitzel, qui ambitionne de faire du cornichon français un produit de référence dans les rayons condiments.
Un marché dominé par l'Inde
La production française de cornichons avait quasiment disparu face à la concurrence indienne. Aujourd'hui, sur les 160 000 bocaux qui sortent chaque jour de l'usine Reitzel à Montrichard (Loir-et-Cher), seuls 5% des produits vendus dans le pays sont d'origine française. Le reste provient principalement d'Inde, où le coût de la main-d'œuvre est un facteur clé. Malgré cette domination, Reitzel a décidé de relancer la culture du cornichon en France, en s'appuyant sur des agriculteurs locaux.
Le pari de Denis Billaut
Denis Billaut, agriculteur à Controis-en-Sologne, s'est lancé dans la culture du cornichon il y a huit ans. Cette année, il prévoit une récolte de 21 tonnes, contre 19 tonnes l'an dernier. Il explique : « J'ai choisi de tenter cette culture pour garder mes saisonniers plus longtemps. C'est compliqué d'en retrouver tous les ans, du coup je peux les garder neuf mois. J'ai essayé de prendre des jeunes que pour cette production mais les nouvelles générations ne sont pas faites pour ramasser les cornichons », plaisante-t-il. La récolte, qui s'étend de juillet à août, exige une main-d'œuvre importante, un défi pour les maraîchers français.
Des objectifs ambitieux pour 2030
Reitzel mise sur une production de 700 tonnes de cornichons made in France d'ici 2026, un chiffre encore loin de la demande nationale. Mais le groupe prévoit de doubler la part de cornichons français dans sa production pour atteindre 10% du marché français d'ici 2030. Cette croissance repose sur l'engagement d'agriculteurs comme Denis Billaut et sur une stratégie de valorisation du produit local. Si les défis restent nombreux, notamment en termes de coûts et de main-d'œuvre, la relance du cornichon français illustre une tendance plus large de retour aux productions locales dans l'agroalimentaire.



