Après les orages de samedi soir, les températures sont à nouveau plus respirables sur Toulon. Mais ne nous réjouissons pas trop vite : les météorologues annoncent une nouvelle canicule dans les prochains jours, la quatrième depuis le mois de mai. Cette perspective inquiète Rosa, Neda, Angélique, Hanen et Sara, résidentes à la Beaucaire. Dans les tours comme dans les bâtiments plus petits, tout le monde est logé à la même enseigne : la chaleur est insupportable.
Des appartements transformés en « bouilloires thermiques »
Ce lundi matin, l’appartement de Sara situé au 17e étage est plongé dans le noir. Les volets sont baissés. Le ventilateur souffle paresseusement un peu d’air dans le salon. Sur sa table, les bouteilles d’eau fraîches et de jus de fruits sont alignées, histoire de ne pas oublier de s’hydrater. La locataire, présente dans la cité depuis 29 ans, est la présidente du groupement d’action des locataires de la Beaucaire (Galb). Pour témoigner du quotidien du quartier sous la chaleur particulièrement étouffante de cet été, elle a convié plusieurs habitants.
« On vit dans le noir du matin au soir, c’est totalement déprimant, raconte Neda. Pour se préserver du soleil, je ferme tous mes volets. Ça joue énormément sur le moral. » Sur le moral et sur la santé. Cette mère de famille est diabétique. Les températures en hausse n’arrangent rien à sa situation.
Ventilateurs et douches : les astuces des habitants
À la Beaucaire, les logements offrent de larges surfaces vitrées. Le soleil tape donc fort dans les appartements. L’accessoire indispensable de cet été, il n’y a pas photo, c’est le ventilateur. L’allié des jours comme des nuits… mais qui reste, malgré tout, sans défense face à l’air chaud. « Chez moi, on se bat pour l’avoir », confie, un brin désabusée Hanen. « J’en ai trois et je les transporte de pièce en pièce, raconte Rosa. Sinon ça ne serait tout simplement pas supportable. Après, sur la facture d’électricité, on le sent passer. L’an dernier, c’était 100 euros en plus. Cette fois, ça risque bien d’être pire. »
Autre astuce qui fait grimper les dépenses : multiplier les douches. « C’est indispensable, notamment pour les enfants », assure Neda. « Et encore, cinq minutes après, on colle déjà. Il n’y a pas de répit », reprend Angélique. Vaporisateur d’eau, tentatives de courant d’air… Elles ont tout essayé. Il n’y a pas grand-chose à faire face aux 35 degrés atteints dans les appartements au plus fort de la canicule. « Au final le plus efficace c’est d’aller dans des magasins. Je me pose dans le centre commercial, je n’achète rien. Mais au moins, j’ai moins chaud », poursuit Hanen.
La climatisation : une fausse bonne idée
« Encore faut-il pouvoir sortir, commente Rosa. Il y a beaucoup de personnes âgées dans ces immeubles qui ont des difficultés à se déplacer. Et on a également des problèmes d’ascenseurs qui tombent régulièrement en panne. » « La chaleur accentuerait le phénomène », croit savoir Sara. Ce ne serait d’ailleurs pas la seule problématique qui empoisonne la vie à l’année aux locataires de La Beaucaire. La prolifération des cafards, par exemple, en est une autre. « Ces petites bêtes aiment les fortes températures et l’humidité, ici, elles sont servies. »
Certains habitants tentent bien d’utiliser la climatisation. « Mais il faut avoir les moyens. Ici, 55 % des personnes vivent sous le seuil de pauvreté », poursuit Sara. Et selon elle, l’efficacité de ces appareils n’est pas optimale. « Le gros problème de nos immeubles, c’est l’isolation. Elle est quasiment inexistante. On habite dans une passoire thermique. Résultat, l’hiver on gèle et l’été on crève de chaud ! »
Conséquences sur la santé et le moral
Pour les résidents, cette chaleur extrême a des répercussions directes. Neda, diabétique, voit sa santé se dégrader. Les températures élevées aggravent les conditions médicales préexistantes. De plus, le manque de sommeil lié à la chaleur nocturne accentue la fatigue et l’irritabilité. « On ne dort pas bien, on est épuisés, et le matin il faut recommencer », témoigne Angélique. Les enfants sont également vulnérables : ils ne peuvent pas jouer dehors aux heures chaudes et doivent supporter la canicule dans des appartements surchauffés.
Face à cette situation, les locataires réclament des travaux d’isolation et une meilleure gestion des espaces communs. Le groupement d’action des locataires de la Beaucaire (Galb) porte ces revendications auprès des pouvoirs publics. « Nous avons besoin d’une rénovation thermique d’urgence », insiste Sara. En attendant, les astuces de survie se multiplient, mais ne suffisent pas à rendre le quotidien supportable. La prochaine canicule est déjà annoncée, et avec elle, la crainte de voir le thermomètre grimper encore dans les logements de la Beaucaire.



