Crise énergétique : le gouvernement prévoit 6 milliards d'euros de pertes et annonce des économies
Crise énergétique : 6 milliards de pertes, le gouvernement annonce des économies

Crise énergétique mondiale : le gouvernement français face à un défi budgétaire de 6 milliards d'euros

Malgré un important risque de dérapage budgétaire dans un contexte de crise énergétique mondiale inédit, les cinq ministres du gouvernement Lecornu présents à Bercy ce mardi matin affichent une mine apaisée, voire souriante, à la sortie du comité d'alerte des finances publiques. Au terme de deux heures d'échanges sur la situation économique de la France, à huis clos, avec des parlementaires, des représentants des élus locaux, de la Sécurité sociale, de l'État et des partenaires sociaux, Roland Lescure, ministre de l'Économie, a tenu à rassurer : « La France est plutôt résiliente. »

Face à la presse, il a annoncé une révision « modérée » des prévisions de croissance et de l'inflation en 2026, et a estimé le coût budgétaire de la crise actuelle à 6 milliards d'euros. « Il n'y a donc aucun surplus budgétaire ; il y a au contraire des pertes pour les finances publiques, et nous avons pu présenter aujourd'hui dans le détail l'ensemble des chiffres qui le montrent. Au fond, le défi de la période, c'est de ne pas fermer les yeux sur la guerre et de ne pas oublier la dette », a ajouté David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publics.

Une situation budgétaire préoccupante et des objectifs ambitieux

À ce jour, la situation budgétaire reste préoccupante pour les finances publiques et le gouvernement veut absolument maintenir un déficit public à 5 % du PIB pour l'année 2026, avec toujours l'ambition de repasser sous la barre des 3 % d'ici à 2029. Pour ce faire, il compte bien prendre les mesures nécessaires. La plus lourde conséquence de cette crise reste l'augmentation significative de la charge de la dette publique, liée à la remontée des taux d'intérêt – à ce jour cinq fois supérieurs à ceux de 2022 – et au rebond de l'inflation.

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Bercy estime cette hausse à 3,6 milliards d'euros dès cette année. De plus, le coût collatéral de l'inflation pour l'État s'élèverait à 1 milliard d'euros, entre l'indexation de certaines dépenses de prestations sociales et la hausse mécanique du coût des allègements de cotisations patronales. À cela il reste à ajouter les mesures de soutien d'urgence annoncées par le gouvernement, qui s'élèvent pour l'heure à 150 millions d'euros par mois : 90 millions pour soutenir l'activité des transporteurs, pêcheurs et agriculteurs, et 60 millions pour renforcer le chèque énergie.

Un nouveau paquet d'aides et des dépenses militaires supplémentaires

D'autant que mardi, vers 18 heures, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé un nouveau paquet d'aides, dont le coût n'a pas encore été communiqué. Tout d'abord, pour les agriculteurs, une indemnisation de 15 centimes d'euros par litre de gazole non routier (GNR) est instaurée dès le mois de mai, tandis que les pêcheurs bénéficieront d'une « aide à 30 ou 35 centimes d'euros par litre » de carburant, contre 20 centimes aujourd'hui.

Pour les professionnels du transport, l'aide en vigueur – 20 centimes par litre d'essence – est reconduite en mai, a ajouté le Premier ministre. Enfin, le gouvernement va proposer une réduction d'environ 20 centimes d'euros par litre pour quelque 3 millions de « grands rouleurs » et « travailleurs modestes », notamment « les aides soignants ou les aides à domicile ». Enfin, il ne faut pas négliger les dépenses militaires liées à l'engagement de la France dans le conflit en Iran, qui s'élèvent à 1 milliard d'euros, portant le total des dépenses non prévues au budget 2026 à 6 milliards d'euros.

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Inflation et croissance revues à la baisse, avec des scénarios pessimistes

Le conflit a aussi relancé l'inflation, dont la prévision sur l'ensemble de l'année 2026 a été révisée à 1,9 %, contre 1,3 % inscrit au budget. Les prévisions de la croissance économique ont aussi été revues à la baisse, à 0,9 % en 2026, contre 1 % initialement prévu, dans un scénario avec un prix du pétrole stable, autour des 100 dollars, jusqu'à la fin du printemps. Or, selon Les Échos, si le prix du baril atteignait 150 dollars au cours des trois prochains mois, pour redescendre à 100 dollars d'ici à la fin de 2026, la croissance pourrait être proche de 0,1 %, soit une quasi-stagnation de l'économie en 2026. Un scénario très pessimiste.

Ce mardi matin, le baril de WTI américain valait 86 dollars, tandis que le Brent de la mer du Nord s'échangeait à 94 dollars. Or, toutes ces conséquences économiques réduisent les recettes fiscales attendues. De fait, le surplus de recettes liées aux taxes sur le carburant, qui s'élèvent à 170 millions d'euros au 10 avril par rapport à la même période l'an passé, dont 80 millions vont dans les caisses de l'État, ne couvre pas les dépenses de soutien d'urgence. D'autant que, début avril, la consommation de carburant est en net recul (– 16 %), selon Bercy.

Des coupes budgétaires demandées pour équilibrer les comptes

Plus de cinquante jours après le déclenchement surprise de la guerre en Iran par le président américain, Donald Trump, le constat est implacable et le gouvernement a décidé de serrer la visse. « Notre devoir, c'est de prévoir tous les scénarios. Et comme aujourd'hui nous avons des prévisions qui nous indiqueraient un coût pour les finances publiques de 6 milliards d'euros, nous devons prévoir d'ores et déjà un certain nombre de mesures d'économies à hauteur de 6 milliards d'euros », a annoncé David Amiel.

Ainsi, pour avoir un bilan comptable respectant celui prévu au budget 2026, le gouvernement prévoit un plan d'économies de 4 milliards d'euros sur les dépenses de l'État et de 2 milliards sur celles de la Sécurité sociale. Ainsi, mardi matin, le Premier ministre a adressé un courrier à ses ministres pour leur demander des « mesures supplémentaires de freinage de la dépense ».

Un calendrier incertain et des critiques de l'opposition

À l'issue du Comité d'alerte des finances publiques, Éric Coquerel, président LFI de la commission des finances de l'Assemblée nationale, est resté « sur sa faim ». « On a toutefois compris une chose : c'est que c'est essentiellement la baisse des dépenses publiques qui va être recherchée », résume l'Insoumis, qui plaide de son côté en faveur de taxations spécifiques sur les très grandes entreprises qui engrangent des profits pendant la crise.

« Total a gagné déjà 1 milliard de bénéfices en un mois, au mois de mars, uniquement sur les effets de la guerre. Donc, il y a peut-être de l'argent à aller chercher de ce côté-là, et pas seulement dans l'appauvrissement des Français ou des services publics, ce qui aura des effets néfastes sur l'économie », ajoute le parlementaire. Pour l'instant, les contours de ces coupes budgétaires restent flous, les ministres doivent rendre leurs copies « rapidement », selon Bercy. « L'État ne s'enrichit pas pendant une crise ; ça n'a jamais été le cas, ça ne l'est pas non plus cette année », martèle Bercy de son côté, soulignant la nécessité de mesures drastiques pour préserver l'équilibre des finances publiques dans un contexte international tendu.