Magalie, 48 ans, de la mise en rayon à infirmière à l'hôpital
Magalie, 48 ans, de la mise en rayon à infirmière

Magalie Jeannaux, 48 ans, a radicalement changé de trajectoire professionnelle. Après onze années passées en grande surface comme employée de mise en rayon, puis divers emplois précaires, elle a repris ses études à 43 ans pour devenir infirmière. Diplômée à 46 ans, elle exerce désormais en médecine gériatrique à l'hôpital et gagne 2 200 euros par mois, sans compter les heures supplémentaires.

Un parcours semé d'emplois précaires

Magalie a commencé à travailler à 19 ans, après un bac pro compta. Embauchée pour un job d'été dans une grande surface, elle y reste finalement 11 ans. « C'était la facilité, j'avais un CDI, j'étais dans un train-train sans que ça me plaise », confie-t-elle. En 2003, elle rencontre celui qui deviendra son mari, Grégory. Leur fils Noa naît en 2004, suivi de leur fille Louna en 2008.

En 2009, le premier déclic survient. Le rythme devient infernal : lever avant l'aube, déposer les enfants (1 et 5 ans) chez les parents, pour un salaire de 1 030 euros. Elle démissionne et rejoint le laboratoire pharmaceutique où travaille son mari. Pendant trois ans, elle met en boîte comprimés et gélules, entre intérim et CDD. « Je travaillais de matin, d'après-midi ou de nuit, on se croisait avec mon conjoint. On a privilégié les enfants », raconte-t-elle.

Le déclic après le départ du fils

En juillet 2011, le couple se marie. Magalie quitte le laboratoire et enchaîne des petits boulots en intérim pendant deux ans. Un appel de Pôle emploi lui propose un contrat d'assistante de vie scolaire (AVS) dans un collège à 5 kilomètres de chez elle. « J'avais mes mercredis, mes week-ends, c'était le paradis », se souvient-elle. Après deux ans, le principal lui propose un poste d'assistante d'éducation, payé 1 350 euros. Elle reste sept ans au total dans cet établissement.

À 16 ans, son fils Noa décide de rentrer à l'école militaire. Ce choix bouleverse Magalie. « Je pleurais pendant toutes mes permanences, je ruminais pendant des heures, j'essayais de lire pour m'évader… » Travaillant souvent à l'infirmerie du collège, elle se dit qu'infirmière est un métier qu'elle pourrait exercer n'importe où et qui lui permettrait de rejoindre son fils. Elle rédige une lettre de candidature à l'IFSI, l'école d'infirmières. Avec le Covid et le confinement, elle apprend qu'elle est sélectionnée sur la base de sa lettre. À 43 ans, celle qui avait quitté l'école tôt y retourne pour trois ans.

Des études exigeantes et des sacrifices

Pendant ces trois années, Magalie a le nez plongé dans ses fiches. Avec un salaire en moins, la famille doit faire des sacrifices. « On ne pouvait pas acheter tout ce qu'on voulait. Ça me gênait mais mes enfants en sont fiers et n'en ont pas souffert », dit-elle. Grégory confirme : « On savait qu'il fallait se serrer la ceinture mais on a continué à aller en vacances, moins loin et dans tous les cas, ça en valait largement la peine. J'étais tellement fier de ce qui se mettait en route, j'étais le premier à aller raconter aux collègues et à l'entourage que Magalie reprenait les études pour devenir infirmière. »

Les partiels ont été une période compliquée pour la quadragénaire. « J'ai dû aller au rattrapage, il y a eu des moments de doute, de découragement… Je me mettais la pression par rapport à mon âge et je n'avais aucune notion, j'ai dû tout apprendre », avoue-t-elle. Avec son mémoire sur la prise en soin des femmes alcooliques et l'image de soi, elle décroche un 19,5/20.

Une nouvelle vie professionnelle et personnelle

Diplômée à 46 ans, Magalie est désormais infirmière en médecine gériatrique. Elle travaille en 12 heures, 12 jours par mois, avec 4 à 5 jours de repos d'affilée. « Le bonheur », dit-elle. Elle a découvert le sport : vélo, piscine, danse. « J'ai commencé à l'école d'infirmières pour m'évader. Je n'ai plus jamais arrêté, je suis à fond. »

Grégory trouve sa femme « encore plus ouverte et joyeuse depuis qu'elle fait un métier qui lui colle à la peau. Magalie a toujours eu la fibre d'aider les autres, je la voyais dans ce métier. Elle relativise aussi beaucoup plus sur les tracas du quotidien depuis sa reconversion. »

Son fils Noa souligne : « Son parcours m'a fait comprendre qu'on peut changer de métier à n'importe quel âge. Reprendre ses études à plus de 40 ans pendant 3 ans, je trouve ça très beau. »

Désormais titulaire et fonctionnaire, Magalie gagne 2 200 euros par mois, « sans les heures supplémentaires ». Elle confie : « Je n'aurai jamais imaginé que je serai infirmière. Je n'avais pas de métier, j'avais choisi une voie de garage. Je m'étais interdit de faire des études parce que je me disais que je n'avais pas le niveau et j'ai été embarquée dans la routine. Avec le départ de mon fils, je me suis retrouvée face à un mur et je me suis dit "Faut que j'avance". Ce changement, c'est grâce à mon fils. »

Elle envisage d'évoluer : « J'ai envie d'évoluer, d'apprendre, ce métier est tellement enrichissant. Je me mettrai peut-être en libéral, à partir de 52 ans ou alors je travaillerai comme infirmière dans un collège ou à la médecine du travail. Je saisirai cette opportunité. » Son conseil : « Si vous avez envie de changer de travail, croyez en votre destin, foncez. Il faut persévérer, apprendre, bosser, il n'y a pas de secrets. »

Travailler en gériatrie lui a appris que la vie s'arrête dans la seconde qui suit. « On se met souvent des barrières. On rencontre beaucoup de gens aigris au travail. Aujourd'hui, je suis heureuse, je sais que j'apporte de la joie aux gens, ce métier me correspond. Je pense que je n'étais pas heureuse avant. Ma fille m'a dit que je ne faisais que crier. J'étais horrible et je ne m'en rendais pas compte. J'ai appris que j'étais capable. J'ai appris à avoir confiance en moi. Je n'aurai jamais été fière de moi, je le suis désormais. »