Dafroza Gauthier, militante franco-rwandaise qui a consacré sa vie à traquer les génocidaires rwandais réfugiés en France, est décédée à l'âge de 72 ans à Reims, a-t-on appris ce dimanche. Pendant près de 30 ans, cette ancienne ingénieure chimiste a sillonné avec son mari Alain Gauthier, sur leurs congés puis pendant leur retraite, les collines du Rwanda à la recherche de témoignages d'ex-tueurs, de prisonniers et de survivants.
Un couple surnommé « les Klarsfeld du Rwanda »
Souvent surnommés « les Klarsfeld du Rwanda », en référence aux chasseurs de nazis Beate et Serge Klarsfeld, le couple Gauthier est à l'origine, avec le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), qu'ils ont cofondé en 2001, de la quasi-totalité des plaintes contre des Rwandais réfugiés en France et suspectés d'avoir pris part au génocide des Tutsi, qui fit plus de 800 000 morts d'avril à juillet 1994.
« Mes pensées vont à mes enfants et petits-enfants mais aussi à tous ceux que le génocide des Tutsi a fracassés, aux victimes pour lesquelles Dafroza a consacré sa vie », a déclaré son mari, Alain Gauthier. « Je voudrais remercier tous ceux qui disent que Dafroza est une grande dame qui a changé quelque chose dans leur vie », a-t-il ajouté.
Une vie bouleversée par le génocide
La vie de Dafroza et Alain Gauthier a basculé le 8 avril 1994 lorsque la mère de Dafroza a été abattue par balles dans une paroisse où elle s'était réfugiée. « Oncles, neveux, cousins… » seront également exterminés. Entre « 70 et 80 personnes » mourront, avait raconté la militante en 2024, toute sa famille du côté maternel. « C'est un vertige et un gouffre… Tous ces morts qui nous habitent ».
En raison des liens historiques entre Paris et le régime du président rwandais de l'époque Juvénal Habyarimana, nombre de génocidaires ont trouvé refuge en France et bénéficié pendant des années d'un accueil « complaisant », dénoncent les Gauthier.
Une quête de justice et de réparation
Pour Dafroza Gauthier, la « justice permet de faire le deuil », et d'« enrayer l'impunité ». « Ce que l'on fait au cours d'un procès, c'est réhabiliter les victimes, dire leurs noms et ce qu'elles étaient », racontait-elle. « C'est cette réparation morale que les victimes attendent ».