Le refuge animalier La Tanière, situé à Nogent-le-Phaye en Eure-et-Loir, est au cœur d'une enquête pour maltraitance animale et transactions financières opaques, selon des informations révélées par Libération ce lundi 17 juillet. Ce sanctuaire, qui se présente comme l'un des plus grands de France avec plus de 600 animaux, fait l'objet de signalements répétés pour des conditions de détention déplorables et des pratiques de gestion douteuses.
Des conditions de vie indignes pour les animaux
Des anciens employés et bénévoles décrivent un tableau alarmant. Selon plusieurs témoignages recueillis par le journal, les animaux souffriraient de malnutrition, de soins vétérinaires insuffisants et d'un manque d'espace. « On voyait des animaux amaigris, blessés, sans suivi médical. Certains étaient entassés dans des enclos exigus », confie un ancien soigneur. Un rapport de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) d'Eure-et-Loir, datant de 2022, fait état de 17 infractions constatées, dont des défauts d'identification et des conditions d'hébergement non conformes.
Le refuge, fondé en 2019 par un couple, Patrick et Christine, avait pourtant suscité l'enthousiasme des défenseurs des animaux. Il accueille des animaux saisis dans des affaires de maltraitance, mais aussi des animaux de ferme et des NAC (nouveaux animaux de compagnie). Cependant, l'afflux constant d'animaux aurait rapidement dépassé les capacités du site.
Des opérations financières suspectes
Au-delà des conditions de détention, ce sont les aspects financiers qui intriguent les enquêteurs. Libération révèle que le refuge aurait perçu des sommes importantes via des dons, sans que leur utilisation soit clairement justifiée. Entre 2020 et 2022, La Tanière a reçu plus de 2 millions d'euros de dons, selon les comptes déposés au greffe du tribunal de commerce. Mais une partie de ces fonds aurait été transférée vers des comptes personnels des fondateurs, selon des documents consultés par le journal.
Des virements de 150 000 euros et 80 000 euros auraient été effectués vers des comptes privés, sans lien apparent avec les activités du refuge. Un expert-comptable mandaté par l'association a relevé des « anomalies graves » dans la comptabilité. « Il y a un décalage entre les sommes collectées et les dépenses réellement engagées pour les animaux », explique-t-il.
Une enquête ouverte par le parquet
Le parquet de Chartres a ouvert une enquête préliminaire en mai 2023 pour « abus de confiance » et « actes de cruauté envers les animaux ». Les gendarmes de la section de recherches d'Orléans ont été saisis. Selon une source judiciaire, les investigations portent sur « des faits de maltraitance animale, mais aussi sur des mouvements financiers suspects ».
Contacté par Libération, le couple fondateur nie en bloc les accusations. Patrick affirme que « les animaux sont bien traités » et que les transferts d'argent correspondent à des « remboursements de prêts personnels » consentis au refuge. Il précise que « la comptabilité est tenue par un cabinet externe » et que « tout est transparent ».
Des précédents inquiétants
Ce n'est pas la première fois que La Tanière est épinglée. En 2021, une plainte avait été déposée par une association de protection animale pour « mauvais traitements ». Une inspection vétérinaire avait alors relevé des carences, mais le refuge avait promis de les corriger. Malgré ces promesses, les signalements se sont multipliés.
Un ancien bénévole témoigne : « On nous demandait de ne pas signaler les décès d'animaux. Parfois, on retrouvait des cadavres dans des congélateurs. » Le refuge aurait également pratiqué des euthanasies sans justification médicale, selon plusieurs sources.
Un modèle économique sous pression
La Tanière fonctionne principalement grâce aux dons, mais aussi via des ventes de produits dérivés et des visites payantes. Le refuge revendique 30 000 visiteurs par an. Cependant, les coûts de fonctionnement sont élevés : nourriture, soins vétérinaires, salaires. Selon les comptes, les charges de personnel représentent 40 % des dépenses. Mais les enquêteurs s'interrogent sur la réalité des effectifs : certains salariés déclarés n'auraient jamais travaillé sur place.
L'association a également bénéficié de subventions publiques : 50 000 euros de la région Centre-Val de Loire en 2021, et 30 000 euros du département d'Eure-et-Loir. Ces aides sont aujourd'hui suspendues en attendant les résultats de l'enquête.
Une mobilisation des défenseurs des animaux
Plusieurs associations de protection animale, dont la Fondation Brigitte Bardot et la SPA, ont appelé à la transparence et demandé la fermeture temporaire du refuge. « Il faut protéger ces animaux qui sont censés être sauvés », déclare une porte-parole de la Fondation. Une pétition en ligne a recueilli plus de 20 000 signatures pour exiger une inspection indépendante.
Le refuge, lui, continue de fonctionner. Sur les réseaux sociaux, il publie des photos d'animaux heureux et lance des appels aux dons. Mais pour les enquêteurs, la réalité est tout autre. L'enquête devrait durer plusieurs mois.



