Clémence Emé, judoka de 29 ans originaire de Saint-Laurent-du-Var, a été sélectionnée pour les championnats du monde de judo qui se dérouleront à Bakou, en Azerbaïdjan, le 8 octobre 2026. Cette sélection fait suite à une saison 2026 exceptionnelle, la meilleure de sa carrière, marquée par trois podiums en quatre Grands Chelems, dont une victoire au Kazakhstan en mai. Elle est passée de la 34e à la 7e place mondiale et a doublé sa principale concurrente, la vice-championne d'Europe en titre Melkia Auchecorne, blessée au genou.
Une ascension remarquable après des blessures
Emé a surmonté deux ruptures des ligaments croisés du genou en 2022 et 2023. Revenue de ces blessures, elle a su retrouver la régularité qui lui manquait. « Je suis heureuse mais ce n’est qu’un billet d’entrée, confie-t-elle. L’objectif est d’aller plus loin et une médaille. On sourit un grand coup mais on ne s’en satisfait pas. » Son entraîneur Alexandre Borderieux l'aide à rester concentrée : « C’est dur, mais mon entraîneur me remet dans le droit chemin à chaque médaille que j’obtiens. On peut très rapidement tomber dans la satisfaction. »
Un parcours jalonné de succès et de leçons
Après sa victoire au Grand Chelem du Kazakhstan en mai, qu'elle qualifie de « rêve réalisé », Emé a connu un revers en juillet avec une 7e place au Grand Chelem de Mongolie à Oulan-Bator. Elle analyse : « Je n’ai pas respecté mes schémas sur le travail des mains et mes déplacements. C’est totalement de ma faute. » Pour corriger cela, elle a travaillé avec son mentor José Allari à Saint-Laurent-du-Var et prévoit de participer au nouveau Grand Chelem de Lausanne fin août comme dernière répétition générale. « Avec ce travail, je ne réitérerai pas ces erreurs. Les filles m’ont battue sur des actions un peu pourries, je dois être plus patiente et ne pas me précipiter. Au Kazakhstan, j’ai été robotique et je me rends compte que c’est facile quand je respecte ça et qu’il n’y a pas de pensées parasites. Le judo sort. »
Objectif : intégrer le Top 4 mondial
Accompagnée par l’entraîneur national Kilian Le Blouch, Emé espère briller à Lausanne pour intégrer le Top 4 mondial. « Cela me permettrait d’éviter d’affronter prématurément les filles face auxquelles j’ai perdu en Mongolie. Ma partie de tableau serait séparée de la leur jusqu’en demie ou en finale », explique-t-elle, évoquant la Croate Cvejtko (1re mondiale) et la Japonaise Tanaka (n°3).
Souvenirs d'enfance et confiance pour les Mondiaux
Lors d'un passage dans sa ville natale, des anciens du club lui ont rappelé une anecdote : « Quand j’étais petite, je disais que je voulais être championne du monde. Ils trouvent rigolo que je n’aie jamais été aussi proche d’y arriver », s’amuse Emé. Forte de son expérience des Mondiaux Juniors 2017 où elle a obtenu une médaille de bronze, elle aborde la compétition sereinement : « Ce sera juste d’autres filles, ça ne change pas grand-chose. Ça ne me fait pas peur, c’est la forme du moment qui compte. »
Le regard de Lucie Décosse, responsable de l'équipe de France féminine
Lucie Décosse, championne olympique 2012, analyse la progression d'Emé : « C’était inattendu par rapport à son parcours. On avait eu une grande conversation il y a trois ans lors des Mondiaux universitaires. On avait parlé de reconversion. Elle enseigne le judo aussi, donc j’avais l’impression qu’elle se dirigeait lentement vers une fin de carrière. Puis elle a changé de club (elle a rejoint l’AJA Paris) et ce nouveau projet a relancé son objectif d’être la plus performante possible. C’est une sorte de libération psychologique, un verrou a sauté, elle est davantage alignée avec elle-même. »
Décosse note également l'évolution technique : « Elle a toujours été à l’aise techniquement, mais elle est partie sur un cycle de préparation physique beaucoup plus poussé dans son nouveau club. Elle a plus de séances de muscu. Mais pour moi, la dimension mentale est importante. Il faut avoir confiance en ce que tu fais, en toi et je crois que la sienne est plus forte aujourd’hui. »
Les défis à venir pour Emé
À 29 ans, la marge de progression est moindre, mais Décosse estime que l'expérience sera clé : « Faire un grand championnat Seniors, c’est quelque chose de particulier. C’est vraiment sur les grands tournois qu’on voit la capacité d’un judoka à aller au bout d’une journée. C’est une expérience qu’elle n’a pas encore vécue. Elle est la seule des neuf sélectionnées pour les Mondiaux qui n’a pas ce vécu. Elle devra gérer la dimension émotionnelle mais on y croit. Elle est bien sûr médaillable. »
Concernant la concurrence avec Melkia Auchecorne pour les JO de Los Angeles, Décosse précise : « Il ne faut pas que cette concurrence dure trop longtemps. On sait qu’elle peut user à l’approche des Jeux. Le potentiel de Melkia est plus élevé que celui de Clémence par rapport à son âge, mais l’idée est qu’on garde une concurrence peu importe l’âge des filles. Melkia est blessée donc c’est une grosse opportunité pour Clémence, y compris pour la compétition par équipes. »
Emé devra assumer son nouveau statut. Décosse conclut : « J’ai souvent dit aux athlètes libérés et qui sont dans le plaisir, que cet état d’esprit ne durait qu’un temps. Ça marche au début mais il faut tenir et assumer d’autres attentes jusqu’aux Jeux derrière. »



