Les pêcheurs plaisanciers du port des Pauvres à Frontignan, qui occupent gratuitement ce site sans reconnaissance officielle depuis des décennies, se disent prêts à accepter le principe d'une redevance, mais préviennent qu'ils refuseraient des montants jugés excessifs. Cette position a été exprimée par Jean-Claude Fortino, président de l'association Les Pêcheurs plaisanciers du port des Pauvres, et Yves Mechain, secrétaire adjoint, alors qu'aucune décision n'a encore été prise sur l'avenir du lieu.
Un site historique sans statut officiel
Le port des Pauvres vit sous un régime de tolérance. Les bateaux y sont amarrés gratuitement, mais le site n'a jamais été officiellement reconnu comme un port. « C'est un lieu où on a juste une autorisation. Si, demain, on nous demande de partir, on ira où ? Il n'y a pas de place au port de plaisance de Frontignan », s'inquiète Jean-Claude Fortino, qui fréquente le site depuis plus de cinquante ans.
Yves Mechain précise : « Officiellement, ce n'est pas un port, juste un endroit historique où les bateaux étaient stockés. Une fois cela précisé, c'est un port important dans l'histoire de Frontignan, chargé de mémoire pour de nombreux habitants de la commune. » Cette situation fait peser une menace d'interdiction totale de stationnement, même si aucune rumeur ne circule actuellement à ce sujet. Seule l'éventualité d'une redevance pour l'occupation des emplacements est évoquée.
Une organisation basée sur le bénévolat
L'association, créée le 31 juillet 1995, gère l'attribution des 80 places de bateaux, l'entretien du site, son nettoyage et l'organisation d'animations. Elle rassemble 86 adhérents. Ses missions incluent également l'entretien des pontons et des installations, l'amélioration de l'esthétique du lieu, et le renforcement des liens entre usagers, plaisanciers et passionnés de pêche. Elle participe ou organise des animations locales comme la Fête de la mer et le concours de pêche de la Girelle d'Or.
Cet équilibre reste fragile. « Parce que nous n'avons pas les moyens de faire appliquer un règlement puisque le port n'existe pas officiellement, et que nous n'avons aucune autorité réelle », reconnaît Yves Mechain, ce qui provoque parfois des tensions entre usagers.
Une réunion sur l'avenir des étangs
L'an dernier, une réunion sur place a rassemblé des représentants de l'État, de la Région, du Département, de Sète Agglopôle Méditerranée et de Natura 2000, autour de l'avenir des étangs palavasiens, dont l'étang d'Ingril. La gratuité d'occupation de ce site, à la fois terrestre et maritime, y a été soulevée. « Pour l'État, nous n'avions pas le droit d'occuper gracieusement un espace public, d'autant avec des bateaux dont certains ont des moteurs de 200 CV. Certains prônaient, eux, le retour du site à son état naturel, d'autres de tout laisser en l'état », rapporte Jean-Claude Fortino. Depuis, aucune décision n'a été prise.
L'association se dit prête à payer une redevance. « On n'est pas contre le paiement d'une redevance. Cela donnerait une certaine légitimité à notre présence », estime Yves Mechain. Cependant, le président prévient : « S'ils nous balancent des sommes astronomiques, ce ne sera pas bien accueilli. » L'essentiel pour les adhérents est de poursuivre leur travail d'entretien, de nettoyage et d'embellissement du site. « Nous avons un endroit magnifique. Il ne faut pas le laisser pourrir », conclut Jean-Claude Fortino.