Nicolas Combis, fondateur et copropriétaire du réseau de tiers-lieux Troisième loc à Nîmes, a annoncé la mise en vente de l'ensemble des locaux, dont le Spot, la Verrière, la Mezzanine et le 22e siècle. Il précise que « le Spot est à vendre, mais il n'y a qu'un acquéreur possible, c'est le Spot », et souhaite que ces lieux conservent leur vocation de coworking et de vie associative.
Une annonce faite lors d'une réunion avec les résidents
Ce jeudi, lors d'une réunion avec les résidents de la Verrière, rue Porte-d'Alès dans le quartier Nord Gambetta, où travaillent en coworking une trentaine de résidents, Nicolas Combis a annoncé la mise en vente des locaux. La Verrière est à vendre, tout comme la Mezzanine, avenue du Maréchal-Juin, les locaux du 22e siècle au 58, boulevard Gambetta, et ceux du très emblématique Spot, rue Enclos-Rey.
Nicolas Combis, qui a activement participé à la création et à l'essor de ces lieux, a confirmé ces informations à Midi Libre. « Tout est à vendre, a-t-il expliqué. Il y a une réalité qui est claire : je ne suis pas seul. J'ai un frère, qui est beaucoup plus jeune que moi, et un oncle, qui ont des parts dans ces biens. On travaille à une séparation patrimoniale. Je suis très attaché à cette dynamique qui a été créée à Nîmes, mais je ne peux pas imposer ma volonté à ma famille. »
Un engagement de longue date dans les tiers-lieux
Nicolas Combis dirige le réseau Troisième loc (pour « Location Originale et Citoyenne »), qui réunit quatre adresses également regroupées dans une holding et qui ont en commun de développer le coworking dans différents domaines. Loin d'être un simple investisseur immobilier, il fait part d'un réel attachement au développement des tiers-lieux, ces espaces partagés entre professionnels et associatifs en vue de générer des projets collectifs, et pour lesquels il a été un moteur.
L'origine de son engagement remonte aux années 2000. « J'ai beaucoup travaillé dans l'éducation populaire, puis j'ai eu la chance de faire partie d'un groupe de musique, 10 rue de la Madeleine, qui a tourné dans les années 2000 à 2010, explique le quadragénaire. On a joué en Allemagne, en République tchèque, et j'y ai croisé des lieux complètement fous, autogérés, où on faisait confiance à la jeunesse. En 2010, mon père a acheté l'immeuble qui était l'ancien siège du PC, rue Enclos-Rey, dans lequel avait travaillé ma mère. Il est décédé peu de temps après, en nous laissant des bâtiments vides. »
L'essor du Spot et de l'Expo de Ouf !
Deux ans plus tard, c'est dans ces locaux qu'il lance, avec notamment Cédric Crouzy et Vincent Texier, la première Expo de Ouf !, événement multiculturel autour du street art, qui cartonne auprès de la jeunesse nîmoise. Nicolas Combis propose aux acteurs de rester. « Au début, ils ne payaient que la taxe foncière et retapaient les bureaux. Puis les choses se sont professionnalisées. » Les bureaux ont été loués pour y faire du coworking. À l'association initiale du Spot est greffée une Scic (société coopérative d'intérêt collectif), permettant de générer des revenus à travers diverses actions.
La renommée du Spot s'est développée, au point qu'il intervient sur des événements d'envergure à travers la France (800 ans de la cathédrale de Beauvais, réhabilitation de la via PassaPaïs entre Tarn et Hérault, etc.). En parallèle, se créent dans le réseau Troisième loc en 2018 la Verrière, la Boutique 58 (puis le 22e siècle, la Boutique 58 ayant déménagé rue Auguste Pelet) et le petit dernier, la Mezzanine, avenue du Maréchal Juin, plus orienté vers les séminaires, la location d'espace et l'économie numérique.
Les résidents et la Ville réagissent
Que vont devenir l'ensemble de ces espaces ? Côté Verrière, on ne tombe pas non plus des nues. « C'est quelque chose qu'on a en tête depuis un moment, explique l'illustratrice Stéphanie Desbenoit, qui travaille dans les locaux depuis 8 ans. Nous, ce qu'on souhaite, c'est que la Verrière puisse rester un tiers-lieu. Il nous a rassurés en nous disant que c'était aussi sa volonté. » Le collectif des résidents devrait communiquer dans les prochains jours.
Au Spot, Laurent Kilani, directeur artistique de l'Expo de Ouf !, ne veut pas non plus s'inquiéter outre mesure : « Cela faisait un moment que Nicolas nous parlait de vendre. Ça ne nous déstabilise pas plus que ça. Bien sûr qu'on aimerait rester. Nîmes mérite une dynamique tiers-lieu. Elle peut même être beaucoup plus importante. Le Spot est pleinement inscrit dans l'économie sociale et solidaire, dans un quartier politique de la ville. Après, on peut aussi déménager, et continuer à faire nos activités. Mais cet endroit crée du lien, de la rencontre. Et il ne faut pas oublier que tous acteurs du Spot compris, on génère près d'1M€ d'activités ! »
La mairie se dit « attentive à la situation. Le Spot est un lieu important de la vie associative et culturelle. Mais pour l'heure, c'est une affaire privée. »
Une fois l'intention de vendre posée, les choses devraient avancer. « Le marché de l'immobilier est très compliqué et je n'imagine pas trouver tout de suite un acquéreur », explique Nicolas Combis. Qui, bien que résolu à vendre, n'imagine pas voir la dynamique tiers-lieux, désormais ancrée à Nîmes, disparaître du paysage. Il envisage des solutions comme une alliance avec des institutions pour racheter le bâtiment ou le montage de la première foncière solidaire nîmoise, afin que le Spot reste un lieu central de la vie associative et culturelle de la ville.