Après des années de minimalisme et de « quiet luxury », la mode fait un virage spectaculaire en 2026 : les paillettes dominent les podiums, les couleurs explosent et les talons remontent. Ce retour du bling a été particulièrement visible lors de la Fashion Week automne-hiver à Milan, où Gucci a présenté un défilé très sexualisé, évoquant l'esprit du Studio 54. Selon Dinah Sultan, styliste tendances chez Peclers Paris, ce mouvement est porté par une envie d'exubérance et d'expression de soi, mais aussi par l'héritage politique du disco, notamment au sein des communautés LGBT et drag.
Le bling de retour à Milan
Le choc s'est produit à la Fashion Week automne-hiver à Milan. Chez Gucci, le premier défilé de Demna s'est lu comme une résurrection très sexualisée de l'esprit du Studio 54 : pantalons taille basse en sequins argentés, mini-robe bodycon scintillante portée par Emily Ratajkowski, et Kate Moss clôturant le show en robe noire à sequins dos nu. Un condensé de glamour nocturne.
Mais Gucci n'était pas seul. Ferragamo décline l'or métallisé en robes sculptées, Sportmax propose une robe longue en sequins dorés, Roberto Cavalli une mini à volants roses vif. Cette déferlante de paillettes marque un tournant net après des saisons dominées par les cachemires beiges et les silhouettes inspirées de Shiv dans Succession.
Les sequins au masculin à Paris
À Paris, Jonathan Anderson a d'abord glissé dans ses défilés masculins des tops à sequins en janvier, puis a carrément proposé des bermudas et pantalons pailletés en juin. Pour Dinah Sultan, ces défilés ont ouvert une porte aux hommes : « La mode masculine est très consensuelle, elle a beaucoup de mal à évoluer, analyse-t-elle. Mais l'arrivée d'Harry Styles et des stars de la K-pop a créé de nouveaux langages pour les hommes qui ont envie de sortir de leurs carcans trop formels. » Le sequin devient ainsi la dernière frontière du vestiaire masculin, et peut-être sa plus joyeuse.
Ce retour couvait depuis un an et demi, selon l'experte : « Ça fait un an et demi qu'on voit une envie d'exubérance. Après des années d'essentialisme, la paillette, l'extravagance, la couleur, tous ces langages festifs reviennent réenchanter un paysage qui était devenu un peu minimaliste – excusez-moi du terme – un peu chiant », observe-t-elle. En creux, c'est aussi « un rempart à la clean girl : une envie d'expression de soi, de personnalité ».
Le disco, « un rempart à la clean girl »
Mais parler de « retour du disco », ce n'est pas juste aligner des combi lamées et tops à paillettes. « C'est l'idéologie derrière le disco qui revient. Cette idée que le corps est un outil d'expression par la danse, cette attitude performative, cette envie de fête à en perdre la raison », précise la styliste. Il est impossible de dissocier le disco de son héritage politique. « Il faut absolument rappeler que le disco a déclenché la culture voguing, qu'il n'y aurait pas eu Madonna sans le disco. Ses vrais héritiers, ça reste la communauté LGBT, queer, et surtout la communauté drag », insiste-t-elle, saluant l'impact de Drag Race France : « Ça a ouvert le regard sur comment on peut utiliser le vêtement et le maquillage pour s'exprimer soi-même. »
Les deux directeurs artistiques les plus scrutés du moment incarnent deux lectures du même élan. « Demna a toujours été dans un langage subversif, provocateur. Il va chercher le dark side du disco, le monde de la nuit, l'héritage de Tom Ford. C'est un hommage à tout ce qui est né dans les night-clubs à partir des années 1970 », décrypte Dinah Sultan. Jonathan Anderson, lui, emprunte un tout autre chemin. « Il a un répertoire beaucoup plus romantique, très preppy, son ADN british joue beaucoup. Son exubérance est plus romantisée, plus travaillée, avec une essence couture au premier degré. » Deux visions, un même résultat : « Le retour du clinquant et de l'opulence. »
David Bowie, « égérie de l'émancipation par le costume »
Le terrain avait été préparé. « L'inspiration part aussi souvent d'expositions, de réécoutes d'albums », analyse la styliste. En 2024, deux documentaires – Disco : Soundtrack of a Revolution (BBC/PBS) et Disco's Revenge, avec Nile Rodgers – replongent dans l'histoire du genre. Côté séries, Halston (Netflix, 2021) a déjà ressuscité le Studio 54 avec Ewan McGregor, puis Becoming Karl Lagerfeld (Disney+, 2024) a remis les années 1970 sous les projecteurs.
En 2025, la Philharmonie de Paris consacre au disco une grande exposition, Disco, I'm Coming Out, à la fois festive et militante. Et à Londres, le Victoria and Albert Museum inaugure le David Bowie Centre : 90 000 pièces d'archives, dont les costumes Ziggy Stardust de Kansai Yamamoto, avec un premier accrochage confié à… Nile Rodgers, cofondateur de Chic. « C'est un ping-pong, estime Dinah Sultan. David Bowie étant une des égéries de l'émancipation par le costume, ça a forcément fait émerger l'envie de revoir cette culture vivre. »
S'y mettre sans ressembler à une boule à facettes
Pour s'approprier la tendance sans ressembler à une boule à facettes, Dinah Sultan conseille d'y aller par touches : « Un top à paillettes, de la couleur, des chaussures en cuir métallisé. Et du bijou assez bling : chaînes dorées, gros strass, cabochons, tout ce qui capte la lumière. » Côté chaussures, on remonte : « Le disco, c'est le mouvement qui perchait les gens très haut, avec des compensés, des talonnettes. » Le principe directeur ? « Être l'unique personne vue sur la piste ! »



