Si vous allez dans une salle de cinéma aujourd'hui, le personnage principal a plus de chance d'être un animal qui parle qu'une femme de plus de 60 ans. Ce n'est pas une satire, mais le résultat d'une étude sérieuse publiée le 25 mai 2026 par la campagne britannique « Age Without Limits », qui a analysé les 100 plus grands succès du box-office au Royaume-Uni entre 2023 et 2025.
Une invisibilité statistique
Les chercheurs de l'Université de West London ont passé au crible ces films, et le verdict est sans appel. Sur ces 100 longs métrages, seulement cinq mettaient une femme de plus de 60 ans en tête d'affiche. Parmi elles : Demi Moore dans The Substance, Diane Keaton dans Book Club : The Next Chapter, ou Meryl Streep dans Le Diable s'habille en Prada 2. Des exceptions qui confirment la règle.
Dans le même temps, six films avaient pour héros un acteur prénommé Chris (Chris Pratt, Chris Hemsworth, Chris Pine…). Les Chris sont mieux représentés que les femmes seniors. Mais le chiffre le plus marquant reste celui-ci : les films étaient quatre fois plus susceptibles de mettre un animal parlant en vedette qu'une femme âgée. Paddington, Kung-Fu Panda, le Garfield interprété par Chris Pratt (oui, encore lui) l'emportent haut la main sur les actrices chevronnées.
Une invisibilité construite
Ce n'est pas seulement une question de présence ou d'absence. C'est aussi une question de place accordée quand les femmes âgées apparaissent à l'écran. L'étude révèle que les personnages féminins de 65 ans et plus ont trois fois moins de chances d'apparaître que leurs homologues masculins du même âge. Et lorsqu'elles sont là, elles parlent en moyenne 14 % moins que les personnages masculins plus âgés. Quand elles ont un rôle, il est souvent réduit à des archétypes dévalorisants : la grand-mère passive, la vieille dame ridicule qui « ne fait pas son âge », le personnage pittoresque sans véritable impact sur l'intrigue. Une présence plus décorative que narrative.
Emma Thompson, 67 ans, actrice britannique oscarisée et incontournable, a résumé l'absurdité de la situation mêlant âgisme et sexisme : « Les femmes représentent la moitié de la population et nous vieillissons. Alors où sont les histoires qui parlent de nous ? Plus nous vieillissons, plus nous sommes intéressantes. »
Pour Harriet Bailiss, co-responsable de la campagne « Age Without Limits », cette absence à l'écran a des conséquences directes dans la vraie vie : « Beaucoup de femmes disent se sentir invisibles en vieillissant, précisément parce qu'elles ne se voient plus dans la culture populaire. »



