Carburants : la crise n'est pas terminée, le prix pourrait atteindre 2,50 €
Carburants : le prix pourrait atteindre 2,50 €

Ce vendredi matin, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a annoncé une mauvaise nouvelle pour les Français : le prix des carburants devrait continuer à augmenter. Selon différentes prévisions, il pourrait atteindre un prix record de 2,50 euros par litre en moyenne d’ici la fin du mois. En réaction, de nombreux internautes appellent à la résurgence du mouvement des « gilets jaunes », qui a marqué la France à partir de novembre 2018.

Une hausse record des prix des carburants

À l’époque, le prix des carburants avait dépassé la barre symbolique de 1,50 euro. Il est aujourd’hui supérieur à 2 euros (2,07 euros pour le sans plomb, 2,20 euros pour le diesel). « Reprenez les ronds-points » lancent les internautes, qui ciblent en majorité la date du 17 octobre prochain. D’autres, plus précoces, veulent démarrer ce samedi, le 12 septembre.

Inflation et mécontentement, les ingrédients sont là

« Les Français sont globalement et depuis longtemps pessimistes et mécontents à l’égard du personnel politique. Mais cela n’en fait pas pour autant un mouvement social, tempère Philippe Moati, professeur d’économie et fondateur de l’Observatoire Société et Consommation (Obsoco). Pour qu’arrive une mobilisation comme les "gilets jaunes", il faut une aggravation de la situation puis un élément déclencheur », ajoute-t-il.

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La première carte est sur la table. L’inflation galopante depuis le début de la Guerre en Ukraine, accentuée par la crise au Moyen-Orient, touche principalement les carburants mais également l’alimentation, souvent citée par les internautes. Le mécontentement se traduit d’ailleurs dans les chiffres. Selon une enquête de l’Obsoco de juin dernier, à la question de savoir si « des actions militantes violentes seront nécessaires pour contraindre les responsables politiques à prendre en charge la vie de la population », 19 % des Français répondent « oui », et 29 % « oui plutôt ». « Ça fait quand même 48 % qui sont plutôt en phase avec l’idée », commente Philippe Moati.

Voilà un terreau idoine à un mouvement social de grande ampleur, confirme Christian Le Brat, professeur de Sciences politiques à Sciences Po Rennes, « mais il faut encore une étincelle, un événement ou un porte-parole ». En 2018, c’est la taxe carbone imposée par le gouvernement et la mobilisation de quelques figures sur Facebook qui avait lancé ce mouvement apolitique. Jérôme Rodrigues faisait partie de ceux-là. Il s’est d’ailleurs exprimé jeudi chez nos confrères de BFM TV, regrettant que « personne ne se bouge car on attend que les uns fassent à la place des autres ».

Un contexte très différent de 2018

« En 2018, on a un président qui vient d’être élu, qui a une majorité et qui est là pour longtemps. On a donc un interlocuteur clairement identifié pour exprimer un mécontentement. Quelqu’un de légitime et en mesure d’y répondre. », explique le politologue Christian Le Brat. Tout le contraire de la situation actuelle. L’augmentation des prix est exogène, le chef de l’État est en bout de mandat, le Premier ministre est là presque par « intérim » et la situation économique ne donne que très peu de marge de manœuvre au gouvernement… « Et il faut rappeler les faibles résultats obtenus et l’absence de débouchés du mouvement, ce qui a déçu pas mal de "gilets jaunes". Cela n’incite peut-être pas à repartir », souligne Christian Le Brat.

Le contexte préélectoral n’encourage pas à la mobilisation non plus, car de nombreux citoyens attendent de voir ce qu’il arrivera en mai prochain. « Mais le mouvement pourrait tenter de peser sur les candidats. À la manière du Medef qui convoque les candidats, une mobilisation pourrait permettre d’imposer les préoccupations à leur agenda », précise le politologue.

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La situation devrait se dégrader

Sans événement déclencheur donc, l’appel à la mobilisation pourrait ressembler au « Bloquons tout » lancé le 10 septembre 2025, qui s’était limité à une timide journée de mobilisation. Difficile donc de savoir ce qui pourrait mettre le feu aux poudres, selon les deux spécialistes. Certains éléments pourraient toutefois y contribuer. Outre l’abandon de la contribution exceptionnelle des entreprises annoncée jeudi par Sébastien Lecornu, et de nouvelles hausses des prix des carburants, Philippe Moati rappelle que le gaz devrait lui aussi augmenter d’ici à la fin de l’année. « Il faut aussi penser à l’alimentaire. Les prix sont contenus grâce aux négociations annuelles, mais ils vont être rediscutés en janvier et février et devraient nettement augmenter. »

Dans l’enquête réalisée en juin par l’Obsoco, 27 % des Français disaient avoir du mal à boucler les fins de mois. « Cela fait un quart des Français, surtout des ruraux ou des périurbains, qui morflent principalement à cause de la voiture. Cela va s’aggraver avec le gaz et l’alimentaire, et cette fois, les citadins aussi vont être touchés… », prévient Philippe Moati. Dans la même enquête, 60 % des Français se disent "gilets jaunes" ou en soutien au mouvement… soit la même proportion qu’en 2019.

Les jeunes en première ligne ?

Et si l’étincelle était déclenchée par les jeunes ? Les appels à relancer les "gilets jaunes" sont particulièrement partagés sur TikTok, où les hashtags #Giletsjaunes et #GenZ sont souvent associés. Si les jeunes actifs y expriment d’autres inquiétudes, notamment sur leur avenir (emploi, réchauffement climatique), beaucoup militent pour la renaissance du mouvement.

« Il y a un héritage symbolique des "gilets jaunes", qui ont plutôt une bonne image dans l’opinion publique », explique Christian Le Brat. Si le mouvement n’a pas abouti et a pu, par endroits, donner lieu à des débordements, « il est resté l’idée d’un mouvement marqué par une grande sincérité et une vraie détresse sociale ». Une image alimentée par des films qui ont pu parler à certains, trop jeunes à l’époque pour comprendre le mouvement selon le politologue : « Cela peut donner l’idée d’une filiation avec un mouvement né des réseaux sociaux, sur TikTok aujourd’hui comme il est né sur Facebook en 2018. »