À 74 ans, André Degorças a passé plus de 30 ans à édifier un musée singulier dans la campagne gersoise. Ce sculpteur autodidacte a modelé des centaines de bustes et statues en béton représentant des personnalités telles que Johnny Hallyday, Brigitte Bardot ou encore le pape Jean-Paul II. Son œuvre, baptisée « Le P’tit Musée », attire chaque année des milliers de curieux, séduits par cet univers naïf et touchant.
Né dans une famille modeste, André Degorças a commencé à sculpter sur le tard, après une carrière d’agriculteur. « J’ai toujours aimé la matière, mais c’est en voyant un reportage sur le Facteur Cheval que j’ai eu le déclic », confie-t-il. Il a alors entrepris de construire, seul, un édifice de 300 mètres carrés, agrémenté de tours, de coupoles et de sculptures, dans un style proche de l’art brut.
Un hommage aux stars et aux anonymes
Parmi les œuvres les plus remarquées figurent les statues de Johnny Hallyday, mort en 2017, et de Brigitte Bardot, mais aussi des représentations de personnages historiques comme Napoléon ou Jeanne d’Arc. Les visiteurs peuvent également découvrir des scènes de la vie quotidienne, des animaux et des figures religieuses. Chaque sculpture est réalisée à partir de béton, de ferraille et d’objets de récupération, donnant à l’ensemble une allure à la fois brute et poétique.
Le musée, ouvert en 1996, a accueilli plus de 150 000 visiteurs depuis sa création. En 2025, il a enregistré une fréquentation record de 12 000 personnes, malgré son isolement. « Les gens viennent de toute la France, parfois même de l’étranger », se réjouit le sculpteur, qui accueille lui-même les visiteurs et commente ses œuvres avec passion.
Un patrimoine menacé
Malgré son succès, l’avenir du P’tit Musée reste incertain. André Degorças, qui n’a pas d’enfants, cherche un repreneur pour perpétuer son œuvre. « Je voudrais que ce lieu reste vivant, que quelqu’un prenne la relève », explique-t-il. La mairie de la commune voisine a évoqué un classement au titre du patrimoine, mais aucune décision n’a été prise à ce jour.
Des associations de défense du patrimoine se sont mobilisées pour soutenir le sculpteur. Selon un rapport de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), l’œuvre présente un « intérêt artistique certain » et mériterait une protection. En attendant, le musée continue d’ouvrir ses portes chaque été, avec une billetterie à prix libre.
Un exemple d’art singulier
Le P’tit Musée d’André Degorças s’inscrit dans la lignée des environnements d’art brut, à l’instar du Palais idéal du Facteur Cheval ou de la Maison Picassiette. Ces créations, souvent réalisées par des autodidactes, sont de plus en plus étudiées par les historiens de l’art. « C’est une forme d’expression authentique, qui mérite d’être reconnue », souligne une conservatrice du musée de la Création Franche à Bègles.
Pour André Degorças, l’important n’est pas la reconnaissance, mais le plaisir de créer. « Je ne fais pas ça pour l’argent, mais pour le bonheur des gens qui viennent me voir », dit-il. Et d’ajouter : « Tant que j’aurai la force, je continuerai à ajouter des sculptures. »



