La production de pommes en France subit de plein fouet les effets de la sécheresse et des vagues de chaleur répétées. Dans le Limousin, la filière AOP Pommes du Limousin anticipe une baisse de 20 % de sa récolte, qui doit débuter en septembre. Les arbres, stressés par le manque d'eau, produisent des fruits plus petits et parfois abîmés par le soleil.
Une baisse de 20 % dans le Limousin
« Quand je regarde la météo, il n'y a pas d'eau, pas d'eau, pas d'eau. C'est affolant », s'alarme Laurent Rougerie, président de l'AOP Pommes du Limousin et cultivateur de 80 hectares de vergers. Il préfère parler de « forte inquiétude » plutôt que de catastrophisme, mais la situation est difficile. L'appellation protégée, qui regroupe 150 producteurs, table sur une récolte en recul de 20 %.
Ce chiffre est confirmé par Thierry Moisy, producteur de pommes depuis 2008 dans le Val-de-Loire et président de l'Association nationale pommes poires (ANPP), qui représente 1 400 producteurs et 80 % de la production nationale. Début juillet, le service de statistiques du ministère de l'Agriculture, Agreste, prévoyait déjà un recul de 5 % de la production française de pommes de table sur un an, avec 1,52 million de tonnes attendues.
Des pommes plus petites et des brûlures
« Les conditions extrêmes de sécheresse et les périodes caniculaires répétées font que la récolte risque d'être amoindrie, en volume mais aussi en qualité avec des pommes moins grosses », explique Laurent Rougerie. Les arbres, stressés par la chaleur, se bloquent et les fruits ne se développent plus. « Dans le meilleur des cas, le fruit ne grossit pas, dans le pire, on observe des cas de brûlures et de coups de soleil sur une partie parfois importante du fruit », ajoute Thierry Moisy, qui pointe aussi les dégâts causés par les pucerons cendrés.
Grégory Favier, 45 ans, cultivateur dans les Hautes-Alpes, a constaté une situation inédite. Son exploitation, l'EARL Béranger, compte dix hectares de pommes et dix hectares de poires, situés entre 600 et 800 mètres d'altitude. « Pour la première fois depuis mon installation il y a vingt-cinq ans, on a dû passer à deux arrosages par semaine, soit 50 mm d'eau. Les arbres souffrent tellement, ils ont soif en permanence », détaille-t-il.
Dans ses parcelles, les fruits sont mesurés chaque semaine par des techniciens de la chambre d'agriculture. Au lieu d'une croissance de 4 à 5 millimètres par semaine selon les variétés, certaines pommes affichent cet été une croissance de seulement 3 millimètres. « C'est une double peine pour les cultivateurs. Il y a une perte de valorisation par le calibre et par la quantité : plus la pomme est petite, moins on produit », note Laurent Rougerie.
Le manque d'eau et les réserves à sec
Depuis la sécheresse de 2003, 75 % des surfaces de pommiers de la filière AOP Limousin sont irriguées grâce à un système de goutte-à-goutte. Mais cette année, avec la cinquième vague de chaleur qui se profile, ce dispositif est insuffisant. Certaines exploitations sont déjà à sec. « Je n'ai jamais vu mes réserves d'eau autant à plat à cette époque de l'année », souffle Laurent Rougerie.
« L'irrigation ne s'invente pas, rappelle Thierry Moisy. On estime que 5 000 mètres cubes d'eau sont nécessaires par hectare de verger pour protéger les arbres des gelées printanières, accompagner le grossissement du fruit, voire développer un système de brumisation afin de faire face aux grosses chaleurs : ce sont des investissements lourds. »
La France reste une grande productrice de pommes, mais le président de l'ANPP déplore une perte de productivité par hectare, aggravée par cette mauvaise récolte. « Il nous faut des moyens de protection et de production pour mener à bien nos récoltes, c'est une absolue nécessité. Il faut pouvoir stocker davantage d'eau », martèle-t-il.
Des inquiétudes pour l'avenir
Dans les Hautes-Alpes, Grégory Favier s'interroge sur les conséquences à long terme. « Est-ce que le phénomène de stress hydrique de la saison va impacter le développement des bourgeons cet hiver ? redoute-t-il. Est-ce que dans dix ou quinze ans, on arrivera toujours à faire des pommes et des poires dans notre vallée ? »
Fin août, il commencera la récolte des pommes Gala, puis des Golden, des Granny Smith avant la Pink Lady en novembre, une variété implantée récemment dans les Hautes-Alpes pour s'adapter au changement climatique. D'ici là, le pomiculteur espère des nuits fraîches et des journées moins chaudes, « pour que les arbres profitent un peu ».



