Irrigation : le bassin de l'Adour bien paré face à la canicule précoce
À l'image des épisodes caniculaires, les premières demandes d'irrigation arrivent tôt cette saison, mais le bassin de l'Adour, dans sa portion des Pyrénées-Atlantiques, serait bien préparé. Cette manne fluctuante s'impose de plus en plus comme indispensable.
Des températures records dans le département, 36 °C enregistrés le 25 mai, et des feuilles vertes à peine sorties du sol. Les prémices de la saison sont très chaudes mais pas fatales. « La terre est encore fraîche dessous. Je vais la biner pour éviter que l'eau remonte, précise Didier Larrousse au sujet de ses maïs semés en avril. On dit toujours qu'un binage vaut un arrosage. » Un adage d'avenir ? « Sur le long terme, il n'y aura que des gens qui arrosent qui feront du maïs. » Pourtant, cet agriculteur « raisonné, à l'ancienne », n'irrigue aucun de ses vingt hectares cultivables situés à Gelos. Il « résiste », un peu résigné. Les dernières saisons ont été difficiles, avec la hausse aussi du prix des intrants qu'il limite autant que possible. L'exercice à venir est pour l'heure maîtrisé, malgré le violent et précoce épisode caniculaire actuel. « Le mois de mai a été très pluvieux, et le maïs n'est pas au stade où il consomme le plus d'eau, donc ça va », rassure l'agriculteur gelosien.
Si la pluviométrie de l'été demeure une inconnue hautement importante pour lui, elle l'est moins pour ses collègues partisans de l'irrigation. « La violence des épisodes climatiques montre que sans eau, ce sera très difficile d'exister », présage Guy Estrade, président du groupement des irrigants des Pyrénées-Atlantiques au sein d'Irrigadour.
Le syndicat mixte du bassin de l'Adour, qui rassemble 74 réseaux (70 % d'associations syndicales autorisées) pour près de 20 000 hectares couverts dans le 64, entre dans une « phase réglementaire » le 1er juin. « En réalité, c'est dès que les premiers besoins en eau se manifestent. » Et ceux-ci n'ont pas tardé, surtout pour les cultures de petits pois et de soja notamment. « Certains réseaux mettent en pression, on commence à avoir des agriculteurs qui irriguent. »
Le 64 mieux loti que les départements voisins
Ces demandes précoces ne suscitent pas d'inquiétude au sein du groupement des irrigants du département, les stocks seraient suffisants. « La saison a été bonne pour toutes les retenues. Nous avons plus d'eau stockée que de besoin en irrigation », balaye Guy Estrade.
Les Pyrénées-Atlantiques sont plutôt bien loties dans la gestion des ressources en eau, mais il serait préjudiciable d'envisager l'avenir en se circonscrivant à ce seul département, selon le membre d'Irrigadour. « L'effort fait avec les irrigants et les collectivités du 64 (avec la création d'ouvrages, de lacs collinaires, notamment) donne des garanties. Malheureusement, ce n'est pas le cas dans les Hautes-Pyrénées, le Gers et les Landes, qui ne stockent pas suffisamment de volume. Mais le malheur des uns ne fera pas le bonheur des autres. Si demain, des volumes venaient à disparaître sur l'axe Adour et donc avec eux, des surfaces irriguées, ça reposerait la question de l'existence des opérateurs sur le maïs semence et les légumes, et tout le monde en pâtirait. » Un ruissellement préjudiciable.
Les prélèvements sur le bassin de l'Adour sont encadrés par les services de l'État, et un arrêté d'utilisation des prélèvements. Ils devraient être limités à hauteur de 184 millions de mètres cubes en 2026. « C'est 20 millions de moins que la demande formulée par Irrigadour », précise Guy Estrade.



