Louvre : la cour du Sphinx en travaux pour deux ans
Louvre : la cour du Sphinx en travaux pour deux ans

La cour du Sphinx, salle de 500 mètres carrés située dans l'aile Denon du musée du Louvre, est fermée pour une restauration d'environ deux ans. Le chantier, commencé en septembre, doit s'achever en 2029, avec pour objectif de remplacer la verrière installée en 1934, de traiter les infiltrations et de réduire la température sous la verrière, qui a dépassé 40 degrés l'été dernier.

Une verrière obsolète et des infiltrations

Conçue sous le règne de Louis XIV, la cour du Sphinx a vu défiler la reine Anne d'Autriche, le sculpteur François Girardon et des millions de visiteurs. Aujourd'hui, le bruit des barres de fer qui s'entrechoquent remplace le brouhaha des visiteurs. L'humidité a noirci les coins de la pièce et commence à ronger les murs. Au centre, un puits de lumière concentre l'attention d'Adalbert de Lapresle, adjoint au sous-directeur des travaux architecturaux du Louvre.

« Il y a quelques mois, il y avait une énorme flaque d'eau au milieu de la cour du Sphinx, dû à des fuites de gaines et de machines qui vont être complètement remplacées », explique Adalbert de Lapresle. « Près de 100 ans après, on arrive à pas mal d'obsolescence en matière de bâti, d'architecture et de technique », ajoute-t-il. La verrière, installée en 1934, est au centre des travaux de restauration et va être remplacée.

Lutter contre la chaleur et améliorer le confort

La salle est une véritable bouilloire thermique. L'été dernier, plus de 40 degrés ont été enregistrés sous cette verrière qui transforme la pièce en serre pendant les vagues de chaleur. « On subit de plein fouet tous les risques liés au changement climatique, que ce soit les très fortes précipitations qu'on a eues certains étés ou la canicule de ces derniers mois », souligne l'adjoint. « On a fait retravailler notre bureau d'études techniques pour qu'ils prennent en considération les 40 degrés. »

Les travaux permettront de limiter la température à 28 degrés au niveau de la partie basse de la cour. « On garde la charpente métallique existante et on remplace tous les verres par des verres à contrôle solaire en extérieur, qui vont renvoyer la majorité du rayonnement qu'ils reçoivent, sans pour autant avoir une incidence sur la luminosité », détaille Adalbert de Lapresle, ajoutant qu'un système de ventilation naturelle sera aussi intégré.

La restauration prévoit également « un désamiantage au niveau des joints autour des verres », ainsi qu'un « déplombage ». La salle sera par ailleurs nettoyée en profondeur, notamment pour faire partir des taches d'humidité et de moisissures en hauteur. « Sur la partie architecturale et technique, le projet est de recréer une enveloppe performante pour le bâti. Le projet plus global est évidemment d'améliorer l'expérience de visite en termes de confort acoustique et thermique », conclut Adalbert de Lapresle.

Un financement participatif et un nouveau nom

Une partie des travaux sera financée par des dons, dans le cadre de l'opération « Tous mécènes ! ». Le musée se donne un peu plus de cent jours (du 1er octobre 2026 au 19 janvier 2027) pour récolter 800.000 euros, qui seront utilisés pour restaurer la cour du Sphinx. Les participants ont jusqu'au 23 novembre pour proposer un nouveau nom pour la salle (un peu obsolète désormais, puisque le grand sphinx de Tanis n'y est plus exposé depuis la fin du XIXe siècle). Un vote, réservé aux donateurs, sera ensuite organisé.

« Cette campagne sert à contribuer à la restauration, c'est une façon de faire participer le grand public aux grands changements du musée. Tout le monde peut apporter sa pierre à l'édifice », estime Floriane Rapatel, responsable de ces campagnes au musée du Louvre. Organisées depuis 2010, les campagnes « Tous mécènes ! » rapportent environ un million d'euros chaque année, avec un don moyen de 120 euros. « On sent le public très mobilisé pour cette campagne, on a une base qui est habituée, d'autant plus qu'il s'agit là du bâti, donc du musée du Louvre. Il y a un attachement particulier de nombreux donateurs qui ont participé dès les premières heures », prévoit l'organisatrice.

Philippe, un donateur régulier, participe aux opérations de dons à hauteur de 500 euros environ. « Je me sens heureux et concerné. C'est important de permettre au public de participer », estime le Francilien. Cette année, il regrette toutefois « que les actions de mécénat proposées par le Louvre soient plus d'ordre patrimonial que pour l'acquisition d'œuvres ». Il poursuit : « Il y a plus de sensibilité dans une œuvre, on en est plus proche que d'un grand bâtiment. »

C'est la première fois que l'argent collecté servira à rénover le bâti et pas à acquérir des œuvres. Car si les subventions de l'Etat représentent entre 30 et 40 % des recettes du musée le plus visité au monde, le reste est en grande partie obtenu grâce à la vente de billets et au mécénat. Des problèmes de gestion de budget ont par ailleurs été mis en lumière, il y a tout juste un an, au Louvre. Après le cambriolage survenu le 19 octobre 2025, la Cour des comptes pointait des « retards » considérables dans la sécurité du musée. Quelques mois plus tard, en juin dernier, le président du Louvre alertait sur les investissements monstres nécessaires pour rénover le système de surveillance du musée, projet évalué à plus d'un milliard d'euros.

Une fois réouverte, en 2029, la cour présentera une partie du parcours romain, dédiée « à la monumentalité de l'empire ». Les visiteurs pourront notamment admirer les bases de colonnes d'anciens temples, mais aussi la frise du temple d'Artémis de Magnésie. Il faudra toutefois être attentif sur le plan : la salle change de nom et c'est au grand public de le choisir.