Le frère Sennen, botaniste de renom né à Moussac en 1861, a laissé une empreinte scientifique majeure : plus de 400 000 spécimens de plantes distribués aux institutions européennes de son époque. Ce hameau de l'Aveyron, qui ne compte plus que quatorze habitants, est le point de départ d'une aventure botanique qui a traversé l'Europe.
Un enfant du pays devenu savant
Étienne-Marcellin Granié-Blanc naît le 13 juillet 1861 à Moussac, dans une famille paysanne. Il est élève à l'école communale de Coupiac, village voisin. En 1937, après sa mort, S. Llensa de Gelcen lui consacre un hommage dans le Bulletin de la Société botanique de France. Coupiac y est décrit comme un « joli petit village, arrosé par un petit affluent de la Rance », et le récit évoque le château que l'enfant contemplait.
Dès son enfance, le futur frère Sennen manifeste un « attrait particulier pour les plantes », selon le témoignage d'un confrère qui l'a connu jeune, rapporté par Llensa de Gelcen. Il cherchait à identifier des végétaux récoltés dans l'Aveyron en consultant une flore et un herbier chez les frères de Béziers.
De Fonseranes à l'Espagne
À 14 ans, en 1875, Étienne-Marcellin entre au petit noviciat de Fonseranes, près de Béziers. Il reçoit alors le nom de frère Sennen. Enseignant et botaniste, il explore le Languedoc et herborise avec Hippolyte Coste, autre grande figure aveyronnaise de la connaissance des plantes.
Son installation en Espagne en 1904 élargit son terrain de recherche. Il parcourt la péninsule ibérique, puis récolte au Maroc. Ses collections sont distribuées aux institutions européennes de son époque, et son herbier de Barcelone compte environ 80 000 planches de plantes séchées, étudiées notamment pour la préparation de Flora iberica.
Un héritage toujours visible
Mort à Marseille en 1937, le frère Sennen laisse des collections qui prolongent son travail. Aujourd'hui, la commune de Moussac offre encore matière à observation : l'Atlas du patrimoine naturel de l'Occitanie y recense notamment l'orchis mâle, une orchidée sauvage. Cette présence invite à regarder à ses pieds, sans prétendre retrouver les récoltes de l'enfant.
À Moussac, son histoire rappelle qu'un hameau de quatorze âmes peut être le point de départ d'un regard porté bien au-delà de ses vallons.