Restos du Cœur : la grande pauvreté gagne du terrain, alertent les bénévoles
Restos du Cœur : la grande pauvreté gagne du terrain

Une vaste étude publiée lundi 5 octobre, menée à partir des données de 5,5 millions de personnes accueillies par les Restos du Cœur entre 2018 et 2025, révèle que la grande pauvreté gagne du terrain en France. Le nombre de personnes accueillies a augmenté de 37 % en sept ans, et la précarité résidentielle a bondi de 62 %, selon cette étude réalisée par cinq économistes. À Montpellier, les bénévoles constatent une hausse « nette claire et précise » de la pauvreté, avec davantage de personnes à la rue.

Des dizaines de milliers de personnes « à nos portes »

L'étude décortique les mécanismes qui font basculer dans la grande pauvreté : un loyer qui grimpe, un emploi qui saute, une facture d'énergie qui explose. Lors du premier confinement, les Restos ont vu arriver des étudiants et des travailleurs précaires privés du petit boulot qui leur permettait de tenir. « Ils se sont retrouvés avec rien très rapidement », raconte Yves Mérillon, porte-parole et membre du bureau national des Restos du Cœur.

Après le début de la guerre en Ukraine en 2022, l'inflation « très brutale » a fait affluer de nouveaux publics : « On a vu arriver très clairement des dizaines de milliers de personnes à nos portes en quelques mois », ajoute-t-il. Sans l'inflation, le nombre de ménages sans-abri aurait augmenté de 29 % depuis 2018 contre 61 % réellement, pose l'étude. Mais à la hausse des prix s'ajoutent des loyers toujours « plus chers », le manque de logements sociaux ou encore « les pics de chômages », indique Yves Mérillon. « Tout ça ce sont des facteurs cumulatifs ».

Des facteurs cumulatifs et des conséquences lourdes

Selon l'étude, une hausse de 10 % du chômage local entraîne environ 13 % de précarité alimentaire supplémentaire. Une hausse de 10 % des loyers, 9 %. À Montpellier, « on est à 300 repas par jour, c'est constant en ce moment et c'est la limite de nos capacités », s'inquiète Françoise Martin, bénévole de l'association, qui souligne aussi voir arriver une pauvreté importante d'autres territoires.

Le logement pèse très lourd dans le budget des familles : « L'essentiel des charges des gens qui viennent nous voir, ce sont les loyers et les charges locatives ». Avec la hausse de l'électricité et celle du gaz, qui doit progresser de 6,6 % au 1er novembre, « ça met immédiatement en difficulté les familles ».

Les enfants et les mamans solos particulièrement touchés

Les enfants paient particulièrement cher puisque les 0-9 ans représentent près d'un quart des personnes en précarité résidentielle, contre environ 10 % dans l'ensemble de la population. Un chiffre « révoltant », estime Françoise Martin, qui confirme accueillir à Montpellier « de plus en plus de jeunes et d'enfants ». La plupart vivent dans des familles monoparentales avec une mère seule, souligne Yves Mérillon. Ces « mamans solos » passent leur journée « à courir » entre emploi précaire, transports, école et courses avec des « salaires qui ne sont pas mirobolants ». « Elles sont en permanence en train d'arbitrer » et souvent dans « une grande solitude ».

Françoise Martin dit accueillir de nombreux anciens enfants placés. « La jeunesse et la solitude sont probablement deux facteurs aggravants qui font que quand on tombe dans la précarité, on a encore plus de mal à en sortir », selon Yves Mérillon.

Des années pour sortir de la précarité

Le passage aux Restos dure en moyenne 18 mois. La majorité des personnes en sortent au bout d'un an, mais 14 % y restent plus de trois ans, même si les situations « sont toutes très très différentes ». Dans les chantiers d'insertion, Yves Mérillon voit des personnes marquées par des années d'accidents de vie : « Des gens qui se retrouvent depuis des années à se battre en permanence et à aller d'échec en échec ». Avec le temps, ça finit « par décourager ».

À la porte des Restos du Cœur, les conséquences sont déjà là : « On n'a pas le pouvoir d'augmenter la construction de logements sociaux, d'inverser la courbe du chômage et d'arrêter l'inflation sur l'énergie », rappelle Yves Mérillon, qui plaide pour « une politique globale pour prévenir la chute dans la pauvreté ».