46 brigadistes gardois sortis de l’oubli dans un livre hommage
46 brigadistes gardois sortis de l’oubli dans un livre

Ce jeudi 22 octobre, à l’occasion de l’anniversaire de la création des Brigades internationales, l’autrice Françoise Demougin présentera à 18 heures, au Prolé à Nîmes, son ouvrage « Ils sont partis du Gard ». Ce livre de 90 pages, tiré en 300 exemplaires, rend hommage aux 46 volontaires gardois qui ont rejoint les Brigades internationales entre 1936 et 1938 pour combattre les nationalistes espagnols pendant la guerre d’Espagne.

Un travail de six ans né d’une histoire familiale

Françoise Demougin, agrégée et docteur ès lettres, professeur émérite à l’Université de Montpellier, a consacré six ans de recherche et d’écriture à ce projet. Elle qualifie humblement son travail de « livret », avant de concéder, presque gênée : « On peut parler d’ouvrage si vous préférez, c’est vrai que je n’ai pas la prétention d’appeler cela livre. »

Ce projet est né d’un cheminement personnel autour de son histoire familiale. Son grand-père, Jules Dumont, était un grand résistant qui a dirigé l’une de ces brigades, appelée « Brigade de la commune de Paris ». Pour retrouver les volontaires gardois, l’autrice a dû se plonger dans les archives d’État russes numérisées, qui répertorient, à l’aide de notices biographiques, les noms, prénoms, lieux de naissance et de nombreuses autres informations sur l’identité de ces volontaires.

« J’en ai retrouvé 46 mais en réalité il y en a le double, voir beaucoup plus ! » explique-t-elle. Elle a conservé uniquement le factuel, en souriant de certaines indications insolites, comme « attention alcoolique invétéré ! ». Des documents précieux qui lui ont permis de retrouver des Gardois venus des quatre coins du département.

Un appel à témoignages pour un deuxième tome

L’ouvrage, préfacé par Vincent Bouget, maire de Nîmes, se veut une porte d’entrée vers la suite. Un deuxième tome, encore plus fourni, est déjà en préparation. « Je vais forcément peiner des familles parce qu’elles ne trouveront pas le nom de leur proche dans mon livre. Je m’en excuse par avance », regrette Françoise Demougin, qui lance un appel à témoignages pour son prochain ouvrage.

Elle espère aussi pouvoir introduire des femmes gardoises. « Pour l’instant, je n’en ai pas trouvé », explique-t-elle à regret. Pourtant, les historiens s’accordent sur une estimation d’environ 500 à 600 femmes françaises parties en Espagne pour lutter aux côtés des hommes et des républicains espagnols contre la montée du fascisme en Europe. Elles restaient toutefois cantonnées à des tâches liées aux services de santé et de soutien.

Un hommage aux « volontaires de la liberté »

Au total, ils auraient été environ 12 000 volontaires venus de toute la France, qui fait figure de principal contingent des troupes, qui avoisineraient les 35 000 volontaires. La proximité géographique de la France avec l’Espagne explique en partie ce chiffre. Historiquement, c’est aussi lié à l’arrivée au pouvoir du Front populaire en 1936, dans laquelle beaucoup de militants de gauche se reconnaissent dans le combat des républicains espagnols.

En raison du pacte de non-intervention signé entre la France et l’Espagne par le gouvernement de Léon Blum, les départs se font individuellement. Dans le Gard, ils s’organisent depuis Nîmes ou Alès, en train, voiture ou en car, facilités par les réseaux du parti communiste du département. « On les appelait les volontaires de la liberté », rappelle l’autrice, qui insiste sur le mot « volontaires » plutôt que « brigadistes ». « Dans volontaires de la liberté, il y a tout. Ils sont volontaires. Et ils y vont pour la liberté, la fraternité, la justice sociale. Ils y vont librement. »

Au fil des pages, des noms, des photos, des morceaux de vies apparaissent et redonnent un visage à ces combattants méconnus. « Il y a beaucoup d’ouvriers, avec le bassin minier d’Alès mais aussi des agriculteurs et des intellectuels. »

Une transmission mémorielle qui fait écho à l’actualité

L’autrice regrette qu’il n’y ait aucun monument à la mémoire des brigadistes dans le Gard. Elle voit dans ce livre « un moyen de transmettre une mémoire qui fait écho à notre époque pour rendre hommage à ces volontaires gardois dans ces brigades qui ont été créées officiellement le 22 octobre 1936. Pour moi, c’est un début. Il est important de toucher les jeunes pour qu’ils aient des armes intellectuelles pour penser le présent. Ce sont des hommes et des femmes qui se sont engagés. Peut-être que j’ai senti l’urgence de ce livre par rapport à ce qui se passe. J’y vois un écho par rapport à l’époque qu’on est en train de vivre, par rapport à la main mise sur la presse, sur l’édition par exemple et qui en tant qu’intellectuelle me fait peur. »

Le livre sera présenté ce soir au Prolé, à Nîmes, rue Jean Reboul à 18 heures, suivi d’une lecture-spectacle à 20 heures, « Cœur des brigades internationales », coécrit par Patrick et Françoise Demougin. Disponible au prix de 8 euros, à Nîmes à la librairie Teissier, prochainement à Alès, ou à la commande directement auprès de l’autrice à l’adresse fdemougin@hotmail.com. Si vous avez un membre de votre famille originaire du Gard qui a fait partie de l’une de ces brigades, vous pouvez contacter directement l’autrice par mail.