Dans « Nycthémère », une bande dessinée publiée chez Gallimard, Sylvain Bordesoules raconte un pan de sa propre histoire : celle d’un jeune homosexuel niçois tout juste arrivé à Paris, dont les espoirs sont rapidement douchés. L’ouvrage de 224 pages, vendu 28 euros, est paru le 18 octobre 2026.
Un récit ancré dans l’expérience personnelle
En 2023, Sylvain Bordesoules avait adapté « L’été des charognes », un livre de Simon Johannin, en bande dessinée. Il y était question de passage à l’âge adulte, de ruralité, de déterminisme social et de violence. Trois ans plus tard, à l’exception du côté campagnard, ces thèmes restent centraux dans l’œuvre du Niçois.
Dans sa précédente BD, « Azur Asphalte », très bien accueillie par les médias nationaux, Sylvain Bordesoules avait fait de ses deux sœurs, Candice et Mélissa, ses héroïnes. Deux femmes au quotidien loin d’être glam, bataillant pour surnager au-dessus du seuil de pauvreté. L’autre personnage central était Nice : sur ses planches, les joggeurs pétillants longeaient les SDF massés sur les bancs de la Prom’, et la beauté éclatante des lieux emblématiques contrastait avec des zones bétonneuses peu aguichantes.
Des illusions vite perdues
Cette fois, pour « Nycthémère » – le mot désigne « une unité physiologique de temps d’une durée de 24 heures, comportant une nuit et un jour, une période de sommeil et une période de veille » –, Sylvain Bordesoules s’est placé comme sujet central de son récit. À Nice, il ne s’est jamais vraiment senti à sa place. Alors, dès qu’il a pu, il y a près de quinze ans, il a pris le large. Direction Paris, sa frénésie culturelle, ses grandes artères, et les possibilités qu’elle offre de vivre son homosexualité de manière plus libre.
Dans ses valises, l’auteur avait embarqué toutes ces illusions, vite perdues. « Mon rêve était d’intégrer une des grandes écoles d’art publiques, de créer une colocation idéale avec mon meilleur ami, une certaine intimité, de faire la fête et d’avoir une vie d’adulte qui soit une simple continuité de celle du lycée », explique-t-il dans une mini-interview réalisée par Gallimard pour la promotion de l’ouvrage. Le Sudiste ne parviendra pas à entrer dans une école, se confrontera au mépris de ceux qui y étudient, et les relations avec son colocataire seront loin d’être idylliques. Les poches presque vides, le moral presque à zéro, ses aventures intimes connaîtront des fortunes diverses, virant parfois au cauchemar.
Dépasser l’expérience personnelle
Pour l’auteur, l’enjeu de cette histoire se situe ailleurs. « Le plus important était de réussir à dépasser l’expérience personnelle. […] Je voudrais toucher un maximum de personnes à travers des vécus communs, qui disent quelque chose de notre société », assure-t-il.
Après avoir abordé la trajectoire de ses sœurs et un fragment de la sienne, Sylvain Bordesoules ne s’interdit pas de replonger dans le récit intime, sans doute à travers un récit familial englobant plusieurs générations. Son prochain projet, en revanche, va le mener loin de ses repères. « Je travaille actuellement sur l’adaptation d’un roman américain qui se déroule à Los Angeles, dans un milieu plutôt aisé. J’avais envie de me challenger en dessinant autre chose que le réel », confie le bédéaste né en 1993. Grâce à une bourse, il a pu s’immerger dans l’atmosphère de la Cité des Anges. Reste à savoir s’il s’y est senti plus à l’aise que du côté de la Baie des Anges.