L'IHU Immun4Cure de Montpellier, dédié aux maladies auto-immunes rares, concrétise ses promesses : Rachida, 53 ans, est devenue la première patiente française à bénéficier d'une thérapie par cellules CAR-T contre la sclérodermie, une maladie qui touche 7 000 à 8 000 Français. Trois mois après son traitement, elle témoigne : « Ça va mieux ».
Une première française contre la sclérodermie
Masque chirurgical et foulard sur la tête, Rachida avait rendez-vous mardi 13 octobre à l'hôpital Saint-Eloi de Montpellier pour une visite de contrôle. Cette Gardoise, dont la peau est devenue « très sèche et très dure », les doigts raides et les ongles opaques, souffre de sclérodermie, une maladie auto-immune rare qui provoque notamment une fibrose pulmonaire. Elle ne pouvait plus monter les dix étages de son immeuble en cas de panne d'ascenseur.
Après avoir épuisé les traitements standards, dont une autogreffe réalisée à Nîmes en 2002, Rachida a intégré le premier essai français de thérapie CAR-T pour maladie auto-immune, associant les équipes de Montpellier au CHU de Lille et à l'hôpital Cochin à Paris. Le principe : modifier génétiquement les lymphocytes T du patient pour qu'ils « traquent et neutralisent les cellules responsables de la maladie ». Ses cellules ont été reprogrammées à Rouen.
Une organisation unique en France
Depuis le 16 mai 2023, date de la création d'Immun4Cure en présence d'Emmanuel Macron, Montpellier est devenu un pôle d'excellence dans la lutte contre les maladies auto-immunes. L'IHU, dirigé par le professeur Christian Jorgensen, rhumatologue, associe le CHU, l'Université de Montpellier et l'Inserm. Il bénéficie d'un financement de 20 millions d'euros sur dix ans dans le cadre du plan France 2030.
La structure s'appuie sur une filière de patients créée à Saint-Eloi, le CIMA (Centre clinique interdisciplinaire des maladies auto-immunes) qui suit un millier de patients, et 300 chercheurs répartis entre le campus « Chimie », l'Université de Montpellier et l'IRMB. La France compte désormais 19 IHU sur des thématiques variées, des maladies infectieuses (Marseille) au cancer.
Des recherches prometteuses sur l'ARN
Marie Morille, 45 ans, professeure des universités et chercheuse Inserm, dirige le plateau technique Nanoclinic et l'unité OBBI (Occitanie Bioproduction Biotherapies Integrator). Elle travaille sur des nanoparticules lipidiques permettant de vectoriser l'ARN jusqu'à une cible précise, une technologie popularisée par les vaccins contre le Covid-19. « Le premier produit qui utilise cette technologie a été mis sur le marché en 2008 », rappelle-t-elle, ajoutant qu'elle « n'aurait jamais imaginé que les choses iraient aussi vite ».
L'objectif est de « reprogrammer les cellules du système immunitaire in vivo » pour traiter non seulement les maladies auto-immunes, mais aussi le cancer. Le rapport annuel d'Immun4Cure indique que 6 milliards d'euros ont été investis dans le monde l'an dernier sur ces techniques. L'IHU vise à « sortir au moins une thérapie utile aux patients à l'horizon 2024 ».
Une cohorte de patients pour l'avenir
Le Pr Yves-Marie Pers, rhumatologue, pilote le groupe de travail sur la filière « patients » de l'IHU. D'ici 2028, une cohorte de 500 personnes (150 atteintes de sclérodermie, 150 de lupus, 150 de polyarthrite rhumatoïde et 50 témoins) sera suivie pendant cinq ans. L'objectif : identifier les causes, les facteurs de risque et développer de nouveaux traitements, alors que « l'incidence augmente » sous l'effet du vieillissement et de l'exposome.
Des partenariats internationaux se développent. Montpellier a intégré un réseau européen sur les thérapies avancées, « le seul centre français avec l'AP-HP », précise Chloé Simon, secrétaire générale de l'IHU. Un partenariat avec Sanofi, signé en 2025, vise à créer « le premier centre d'excellence translationnel au monde dédié aux maladies auto-immunes et inflammatoires ». Des discussions sont également engagées avec Shanghai pour comparer les cohortes de patients.
Pour Thibaud L., 40 ans, atteint de lupus, le chemin a été long : treize ans d'errance avant de mettre un nom sur ses symptômes. Aujourd'hui, il dit avoir « tout arrêté » et se déclare « en rémission complète », même s'il a « du mal à dire guérison ». Le Pr Yves-Marie Pers résume : « On est en train de changer de paradigme. On n'utilise pas encore le mot guérison, mais on est sur des perspectives de rémissions sans traitements. »