Tout est question de rythme. Pour Maurice Pialat, un film est nourri d'imprévus, d'imperfections, de vécus. Il doit être bousculé avant d'être sculpté dans sa forme définitive. Yann Dedet, monteur de cinq des films du cinéaste, a cousu les rushs, les fragments de pellicule, donné corps aux images éparpillées par les tumultes du tournage, assuré la cohésion de l'œuvre. Son livre, « Portrait de l'artiste en sale môme », publié aux éditions P.O.L., est un témoignage admiratif du réalisateur, palme d'or à Cannes pour « Sous le soleil de Satan ».
Un récit qui commence par la fin
Rédigé au temps présent, l'ouvrage débute par la fin : le dernier long métrage, « Le Garçu » (1995), la mort, les funérailles. Ensuite, il épouse la chronologie des collaborations entre les deux hommes, de « Loulou » (1980) à « Van Gogh » (1991). Quelque dix années d'un compagnonnage affectueux parfois, houleux souvent. À l'image de Pialat, créateur pessimiste et bosseur, anxieux et furieusement ambitieux, jamais satisfait. À l'image du parti pris choisi par Dedet, qui s'empare de la figure du cinéaste pour en faire « son » personnage.
Un récit fluide et musical
Ce récit fluide et musical, loin de l'hommage convenu, est pétri d'une reconnaissance admirative pour un délicieux monstre qui accorda la vie à son œuvre. Yann Dedet livre un témoignage intime et personnel, où chaque phrase semble portée par le rythme même du cinéma de Pialat. Le livre, d'une centaine de pages, se lit comme une partition, où les souvenirs et les réflexions s'entrelacent pour dessiner le portrait d'un artiste tourmenté mais génial.
« Portrait de l'artiste en sale môme », de Yann Dedet, éd. P.O.L., 160 p., 18 €, ebook 12,99 €.



