Jean Reno, l'acteur iconique du Grand Bleu et de Léon, se révèle aujourd'hui comme conteur. À 77 ans, il publie « L'Évasion », le deuxième tome de sa série « Emma », et montera sur scène avec « Le Chameau », une pièce autobiographique, au théâtre Anthéa d'Antibes du 26 au 28 novembre 2026. C'est en Provence, entre Saint-Rémy-de-Provence et Les Baux-de-Provence, qu'il a rencontré nos confrères de Var-Matin pour évoquer ces deux projets nés d'une même envie : « aller vers les autres ».
Une vocation littéraire née pendant le confinement
L'écriture est arrivée sur le tard pour Jean Reno. « Le Covid. C'est durant cette période que j'ai pris conscience que je n'étais pas seulement ce que je faisais », confie-t-il. Cette introspection a fait germer des histoires qu'il portait en lui. « Je ne suis pas Victor Hugo, je suis un conteur », précise-t-il, ajoutant que son ami Marc Levy l'a inspiré : « Je ne vais pas aller le voir et lui dire : “J'ai écrit un bouquin”, mais plutôt “J'ai raconté une histoire, je l'ai mise sur papier.” »
Emma, une héroïne atypique née d'une rencontre
Le personnage d'Emma, une masseuse devenue espionne dotée d'un étrange fluide, trouve son origine dans une rencontre à Quiberon. « Ma femme était passée entre ses mains et m'a dit : “Il faut absolument qu'elle te masse.” Elle m'a servi de point de départ », raconte l'acteur. La main, symbole de contact et de lien, est au cœur de ce personnage : « C'est le trait d'union avec l'autre. Et chez Emma, ça devient un don. »
L'auteur précise que sa série ne dépassera pas trois tomes : « Je ne vais pas faire OSS 117. Après, ça devient une machine de guerre, ça devient James Bond. Moi, je veux une femme dont le cœur bat. » Emma, comme lui, « n'a pas sa mère », un point de départ qui la rend libre et compliquée avec les hommes. L'écriture laisse place à l'improvisation : « Il y a des choses qui viennent au fil de l'écriture, comme les discussions qu'elle a avec sa mère lorsqu'elle est face à la mer. »
La guerre en Ukraine comme toile de fond
Le roman s'ancre dans la réalité de la guerre en Ukraine. « Pour moi, l'important, c'est l'enfant. Quand on attrape un enfant et qu'on essaie d'en faire un animal, ça me fait mal », explique Jean Reno, évoquant les enlèvements d'enfants par les Russes. « Mon personnage est une fiction, mais c'est toujours mieux d'être ancré dans une réalité. Sinon, on tombe dans La Guerre des étoiles ou Avatar. »
« Le Chameau » : une pièce autobiographique pour rencontrer le public
Parallèlement au roman, Jean Reno a écrit « Le Chameau », un spectacle autobiographique. « J'ai écrit cela au fil des ans. C'est l'histoire de ma vie, tout ce qui est dit est vrai », affirme-t-il. L'objectif n'est pas de se vanter, mais de créer un lien : « Le public réagit : il vient voir mon histoire, mais en même temps il se retrouve face à lui-même. On se retrouve avec des gens qui pleurent. » Il évoque sa mère, ce qui renvoie chacun à son propre parcours.
Malgré cette intimité dévoilée, l'artiste pose des limites : « Il ne faut pas devenir obscène. Je mets certaines barrières. Je ne vais pas me liquéfier pour le plaisir que l'autre me voie. »
Un spectacle rodé au Japon
Le choix de la forme théâtrale s'explique par le désir de contact direct avec le public, mais aussi par la musique : « Je suis avec un pianiste sur scène et il y a huit chansons. » Ce spectacle est aussi un moyen de transmettre à ses enfants : « Moi, je n'ai pas de certitudes sur mon histoire, sur ce que faisaient mes grands-parents. Je n'avais pas envie que mes enfants soient dans la même situation, face à un trou noir. »
Jean Reno a rodé ce spectacle au Japon, un pays qu'il affectionne : « J'aime leur philosophie de vie et leur manière d'être. Ce ne sont pas des gens très expansifs, mais il y avait des gens en larmes. C'était très touchant. J'espère que le public en France réagira de la même façon. »
Une liberté nouvelle par rapport au cinéma
L'écriture offre à Jean Reno une liberté qu'il n'a pas au cinéma. « C'est une envie. Si j'avais été écrivain, je m'appellerais Marc Levy et je ferais ça 24 heures sur 24. La base, c'est le métier d'acteur », souligne-t-il, ajoutant que ces activités sont « des passions, des envies qui tournent autour de rencontres ».
Le livre « L'Évasion » (tome 2 d'Emma) est publié aux éditions XO, 330 pages, au prix de 21,90 euros. La pièce « Le Chameau » sera jouée à Antibes du 26 au 28 novembre 2026, avec des représentations à 20h le jeudi et à 20h30 le vendredi et samedi. Réservations sur le site du théâtre Anthéa.



