Frédéric Beigbeder signe un retour réussi à la nouvelle avec « Ibiza a beaucoup changé »
Beigbeder : retour réussi à la nouvelle avec « Ibiza a beaucoup changé »

Les récits qui composent ce recueil de vingt nouvelles confirment que leur auteur, désormais installé au Pays basque, figure au premier rang des raconteurs d'histoires de ce premier quart du XXIe siècle. « J'ai l'impression que le roman est mort pour moi. Les autres écrivent ce qu'ils veulent : des faits divers romancés, des souvenirs déguisés, des aventures imaginaires ou des contes fantastiques, je les respecte tous. Mais je vous propose autre chose : ma dictature. » Ainsi, c'est avec un recueil de vingt nouvelles – dont sept inédites – que Frédéric Beigbeder opère un retour des plus réussi à cette forme brève qui lui avait déjà permis de secouer les lettres françaises avec son seul livre, à ce jour, publié chez Gallimard, « Nouvelles sous ecstasy ».

Le temps comme nouvelle drogue

Dans « Ibiza a beaucoup changé », édité par Albin Michel, ce n'est plus cette drogue dure, avec une montée et une descente, qui sert de colonne vertébrale à ces différents textes regroupés sous le titre de l'un d'entre eux ; mais le temps qui a passé et produit les mêmes effets que la MDMA sur Frédéric Beigbeder, entre les nuits parisiennes de sa jeunesse et les crépuscules de sa querencia basque de Guéthary. Même si l'on y croise « Marc Marronnier, toujours sur son scooter à la con », la plupart de ses nouvelles donnent ainsi la parole à son deuxième double littéraire, Octave Parango, apparu dans « 99 Francs », en l'an 2000, puis dans « Au secours pardon » et « L'homme qui pleure de rire », son cycle publié chez Grasset.

Le système Parango

Frédéric Beigbeder l'a cette fois-ci vu sur l'île des Baléares, comme il l'assure dans son « Système Parango » : « Il a trouvé la paix, l'harmonie, mais je ne le crois pas capable de bonheur. L'atomisation de la société et la course au luxe ont fini sur la planète le travail de destruction qu'il a entrepris sur sa propre personne. » Ces peintures de l'époque où nous sommes n'ont pourtant rien d'amer pour leur auteur. « Pour être pris au sérieux, il me faudrait, en quelque sorte, donner l'exemple », avoue l'écrivain et animateur des « Conversations des Lapérouse ».

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Humour et ironie face au monde précédent

Au risque d'être pris pour un boomer moraliste ou un dandy désabusé, Beigbeder a la légèreté de savoir se moquer de lui-même et de ses dérives de naguère, préférant faire preuve de drôlerie et d'ironie au moment d'évoquer « le monde précédent » plutôt que de s'en tenir à la seule nostalgie. « Être déçu, c'est avoir espéré. Le déçu est un romantique, comme les toxicomanes en manque », confesse-t-il dans l'un de ces textes qui peuvent s'apparenter à des mémoires d'un sexagénaire (presque) apaisé. Fort de milliers d'images rapides et d'autres aphorismes ignorant la morale, ce raconteur d'histoires s'empare de son lecteur en trois phrases.

Qu'il s'installe dans le hall de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, ouvre les fêtes de Bayonne ou passe des vacances au Center Parcs du Lot-et-Garonne, Beigbeder nous confirme surtout qu'il reste l'un des auteurs ayant le mieux su saisir l'esprit frénétique de ce nouveau siècle. Sans jamais se renier, fidèle en cela à Paul-Jean Toulet, pour qui « la vie est faite pour s'enseigner à mourir ».

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