Karoly Ferenczy, peintre hongrois né à Vienne en 1862 et mort à Budapest à 55 ans, est exposé au Petit Palais jusqu'au 6 septembre. Méconnu en France, son œuvre interroge la relation entre le peintre et le corps de ses modèles, loin de l'obsession de la nouveauté et du progrès.
Trois autoportraits, une obsession
L'exposition s'ouvre sur trois autoportraits réalisés à un an d'intervalle. Dans le premier, Ferenczy tient son pinceau de la main gauche, la pointe touchant le bord du cadre. Le second le montre en forêt, la main droite ajustant la coiffure de son modèle. Dans le troisième, cette même main effleure celle du modèle nu, assise en amazone sur un fauteuil, offrant son impudeur antique avec morgue et fatalisme. « Tout est là, dans la relation du peintre avec le corps de ses modèles », souligne le critique.
Maîtrise technique et sujet
Ferenczy a égalé et dépassé ses maîtres, Puvis de Chavannes et Bastien-Lepage. Les paysages servent de toile de fond, jouant parfois les éclairagistes pour des transparences impressionnistes, mais toujours au service des corps. Dans Octobre (1903, huile sur toile, 126,5 x 107 cm), un homme debout, de dos, lit son journal à l'ombre d'un parasol jaune. La courbe du dos et des fesses prend la lumière, capturant l'immobilité en action. Dès ses débuts, comme dans Le Marin (aquarelle, Paris, 1887), Ferenczy capte la lourdeur des bras ballants et l'inquiétude animale du regard.
Chefs-d'œuvre et émotions
Jeunes garçons jetant des cailloux (1890, huile sur toile, 119,5 x 149 cm) montre des corps sans psychologie, seulement des sentiments. Le Départ (1892, huile sur toile, 100 x 94 cm) représente une femme effondrée, la tête sur la table, tandis que l'homme la regarde, la douleur muette dans l'inclinaison de son cou. Selon le critique, Paul Gauguin a probablement vu les Chevaux dans l'eau de Ferenczy (1896) avant de peindre ses Cavaliers dans l'eau à Tahiti en 1902.
Peinture contre photographie
Avec le temps, Ferenczy révèle le précipice entre photographie et peinture : « avec son pinceau dans la main gauche, Ferenczy touche les corps, il les caresse pendant des heures, et après la pose il continue, peaufine, quand le photographe a cette manie de se détourner de son sujet aussitôt l'obturateur refermé ». L'exposition est à voir au Petit Palais jusqu'au 6 septembre.



