Bernard Dodin, ancien électricien de 78 ans, a transformé sa retraite en une seconde vie artistique. Depuis 2001, il a réalisé plus de 300 mosaïques, couvrant des murs, des sols et des plafonds de bâtiments publics et privés, principalement dans le Sud de la France. Son œuvre, née d'un concours de circonstances, est aujourd'hui reconnue comme un exemple d'art singulier.
Une reconversion inattendue
Tout commence en 2000, lorsque Dodin, alors électricien, intervient dans une église de son village. Il remarque des mosaïques abîmées et propose de les restaurer. « Je n'avais jamais touché à une mosaïque de ma vie, mais j'ai toujours aimé les travaux manuels », raconte-t-il. Il se documente, expérimente, et découvre une passion dévorante. Un an plus tard, il abandonne l'électricité pour se consacrer entièrement à cet art.
Autodidacte, il développe une technique personnelle : il utilise des tessons de faïence, de verre et de porcelaine récupérés dans des brocantes ou des déchetteries. Ses créations, souvent colorées et scintillantes, représentent des motifs géométriques, des scènes de la vie locale ou des figures religieuses. « Chaque pièce est unique, je travaille sans dessin préparatoire, directement sur le support », explique-t-il.
Des œuvres à travers la France
En 25 ans, Dodin a orné plus de 300 bâtiments : églises, écoles, mairies, fontaines, mais aussi des maisons privées. Parmi ses réalisations les plus remarquables, on compte la façade de la mairie de Roquebrune-sur-Argens, dans le Var, et le sol de la chapelle Saint-Pierre à Saint-Raphaël. Ses œuvres attirent des visiteurs du monde entier, et certaines ont été référencées par l'Inventaire général du patrimoine culturel.
« C'est un travail de fourmi, chaque mètre carré demande des centaines d'heures », précise-t-il. Sa plus grande œuvre, un plafond de 40 m² dans une église de Draguignan, a nécessité deux ans de travail. Il estime avoir utilisé plus de 2 millions de tessons au total.
Un art reconnu et exposé
Bien que non conventionnel, son travail a été salué par des critiques d'art et des historiens. En 2019, une exposition lui a été consacrée au Musée des Arts et Traditions Populaires de Draguignan, attirant 15 000 visiteurs. « C'est un artiste hors normes, dont l'œuvre interroge notre rapport à la matière et à la lumière », souligne la conservatrice du musée, Hélène Martin.
Dodin, modeste, refuse de se considérer comme un artiste : « Je suis juste un artisan qui aime embellir les lieux ». Pourtant, son travail est désormais étudié dans des écoles d'art, et il a reçu le prix de l'art singulier en 2021. Il continue de travailler quotidiennement, avec l'énergie d'un jeune homme.
Un héritage pour demain
À 78 ans, Dodin pense à transmettre son savoir-faire. Il a créé un atelier dans son jardin et reçoit régulièrement des apprentis. « J'aimerais que cette passion ne s'éteigne pas avec moi », confie-t-il. Il a également commencé à documenter ses techniques dans un livre, qui devrait paraître l'an prochain.
Son œuvre, éphémère par nature, est pourtant pensée pour durer. « Les mosaïques traversent les siècles, regardez celles des Romains », rappelle-t-il. En attendant, les visiteurs continuent de s'émerveiller devant ces mille et une nuits scintillantes, du sol au plafond.



