Le réalisateur japonais Yuiga Danzuka, âgé de 28 ans, signe avec « Des fleurs pour Tokyo » un premier film d'une puissance rare, présenté l'an dernier à la Quinzaine des Cinéastes. Ce drame intimiste, porté par Kodai Kurosaki et Ken'ichi Endô, explore avec une sensibilité remarquable les blessures familiales et les non-dits qui les perpétuent. Le long-métrage, d'une durée de 1h55, sort en salles le 5 août et mérite amplement son étoile de plus.
Un point de départ simple mais dévastateur
L'histoire commence comme une parenthèse familiale ordinaire : une famille part trois jours en villégiature au bord de la mer. Mais un coup de fil reçu par le père, architecte en quête de succès, brise cet équilibre fragile. On lui propose un projet d'envergure : l'édification d'un complexe commercial en plein cœur de Tokyo. Cette opportunité professionnelle, qui devrait assurer sa renommée, le conduit à abandonner femme et enfants. Il quitte le domicile familial sans un regard en arrière.
Dix ans et demi plus tard, le bâtiment est devenu le symbole du consumérisme effréné qui caractérise la capitale nippone, avec ses enseignes de luxe qui s'y bousculent. Le fils, Ren, jeune adulte taiseux, travaille dans un magasin de compositions florales. Il sillonne la ville en van, écoutant un podcast qui raconte des histoires d'ampoules qui chutent dès qu'on les change – une allégorie moderne évoquant une porte vers l'au-delà. Le hasard le met sur la route de ce père qu'il n'a pas revu depuis le suicide de sa mère, survenu sept ans plus tôt.
Une rencontre avortée, un silence assourdissant
La rencontre entre le père et le fils se produit, mais aucune discussion ne vient crever l'abcès. Le silence qui s'installe est assourdissant, incapable de briser le mur qui les sépare. Ce n'est que lorsqu'un fantôme apparaît – la fameuse ampoule – que quelque chose semble vouloir se débloquer. Le mutisme devient alors un magnifique champ d'action pour une mise en scène qui convoque le hors-champ avec intelligence et sagacité.
Ce passé spectral, fait de sacrifices assumés ou subis, ne se dévoile que furtivement. Il entrave le présent et étouffe les personnages, qui semblent prisonniers de leurs non-dits. Yuiga Danzuka évite soigneusement le dialogue explicatif, lui préférant le concret des gestes malhabiles et des regards gênés. Il filme ses protagonistes en scope, accentuant encore leur solitude dans des plans larges et contemplatifs.
Un regard singulier sur le deuil et la reconstruction
Le film impressionne par sa capacité à transformer le silence en langage cinématographique. Chaque image, chaque silence, chaque geste avorté raconte l'indicible. Le jeune cinéaste démontre une maîtrise étonnante pour un premier long-métrage, confirmant la vitalité du cinéma japonais contemporain. « Des fleurs pour Tokyo » s'impose comme une œuvre sensible et exigeante, qui ne laisse pas indifférent.
Avec ce récit sur les traumatismes familiaux et la difficulté de se reconstruire, Yuiga Danzuka signe un premier film bouleversant, où les non-dits deviennent le moteur d'une narration subtile et poignante. Une œuvre à découvrir absolument en salles.



