Alexandre Arcady, 79 ans, signe son 19e long métrage, « Fausse note », qui sort ce mercredi 7 octobre. Le réalisateur du « Coup de sirocco » et du « Petit blond de la casbah » y met en scène un duel à huis clos entre un chef d’orchestre au passé opaque et un admirateur insistant, dans le cadre prestigieux de l’Opéra-Comique.
« Pour moi, j’ai tourné un western à l’intérieur de l’Opéra-Comique », lance le cinéaste, qui dit avoir voulu « surprendre, bousculer, intéresser ». Le film raconte l’histoire d’un chef d’orchestre de renom, confronté lors de son dernier concert à Paris à un admirateur qui laisse entendre qu’ils ont un passé commun. Le tout se déroule pendant une nuit, alors qu’il neige et que Paris est silencieux.
Un projet arrivé « sur le bureau » d’Arcady
Le réalisateur raconte comment il est arrivé sur ce projet : « Après mon dernier film, “Le petit blond de la casbah”, une aventure qui m’a profondément touché, parce que c’est un petit peu vertigineux d’ainsi raconter sa propre enfance, je ne savais pas très bien où j’allais aller. Mais souvent dans ma vie de réalisateur, il y a eu des signes. »
Le signe est arrivé sous la forme d’un courrier qui a traîné plusieurs jours avant qu’il ne l’ouvre. « C’était le texte de Didier Caron ! Une histoire incroyable, avec deux personnages magnifiques dans un face-à-face bouleversant », explique-t-il. Il décide alors de tourner ce film pour « apporter encore une fois une pierre à l’édifice de l’Histoire, à la mémoire ». Le cinéaste précise que le titre « Fausse note » a « une raison qui a à voir avec la musique » qu’il ne dévoilera pas.
Un duo déroutant : Kad Merad et Benoît Poelvoorde
Pour les rôles principaux, Arcady a choisi Kad Merad et Benoît Poelvoorde. « Comme il allait s’agir d’un film à deux grands ténors du jeu, je ne voulais pas tomber dans un casting de convention, j’avais envie d’un duo un peu déroutant », confie-t-il. Pour le rôle de l’intrus, il a « tout de suite pensé à Kad Merad » en raison de sa « palette de jeu inouïe, dans la comédie comme dans le drame ».
Quand il a proposé le rôle à Merad, celui-ci a été « tout de suite emballé ». Il a demandé qui serait en face de lui. « Je lui ai dit penser à Benoît Poelvoorde et il a poussé un cri de joie : “C’est mon rêve de partager l’affiche avec lui !” », raconte Arcady. Le réalisateur a ensuite fait une première lecture du scénario avec les deux comédiens : « J’ai entendu deux ronronnements de Formule 1 très différents. Je ne m’étais pas trompé : il y avait chez eux à la fois une concordance, une familiarité et une opposition qui allaient servir mon film. »
Un huis clos tendu, entre comédie et trouble
Le film est un huis clos, avec ce que cela suppose de risque de statisme. « Oui, c’était la difficulté », admet Arcady. « Quand on voit le film, on peut penser au Limier, à Garde à vue, à Diplomatie. Le huis clos a beaucoup d’avantages. On se concentre sur l’essentiel, c’est-à-dire sur les rapports entre deux êtres forts, durs, drôles à certains moments, veuls à d’autres… »
Le réalisateur, qui « vient du théâtre », dit connaître les coulisses de l’Opéra-Comique et les utiliser. « J’ai tourné tellement de films d’action que je suis familier de ce genre d’exercice. Ici, les phrases remplacent les balles, il y en a qui vous marquent, qui vous infligent des réflexions », explique-t-il. Il ajoute que beaucoup de gens qui ont vu le film le rappellent le lendemain pour lui dire qu’ils y pensent encore.
L’Opéra-Comique est le troisième personnage principal du film. « D’opéra, au fur et à mesure, il se transforme en mausolée : ses statues, ses fresques, regardent ces deux hommes se chercher dans une bataille intense et déroutante car on ne sait pas ce qui est en jeu et où l’on va », décrit Arcady. Le film honore les musiciens, avec un passage de Beethoven à Wagner, Chopin, Mozart, et une musique originale de Philippe Sarde.
Un film dédié à la mémoire
Arcady dédie son film à ses quatre petits-enfants et leur dit « N’oubliez pas », mais il s’adresse à tous. Il a même fait un peu son Hitchcock : « j’apparais très brièvement dans le film avec deux de mes petits-enfants », dit-il, pour les « inscrire dans le temps » et faire que le film reste « comme une pierre dans l’édifice de la mémoire ».
Une large part de son œuvre est au fond œuvre de mémoire. « Il n’y a jamais eu de ma part de plan de carrière », affirme-t-il. Il rappelle que son premier film, « Le coup de sirocco », est né d’une promesse faite à sa mère sur le bateau qui les ramenait d’Algérie : elle avait oublié les photos dans le buffet de la cuisine et, du haut de ses 13 ans, il lui avait promis de les lui ramener. « Sans doute est-ce pour tenir cette promesse que je suis devenu cinéaste », conclut-il. Il ajoute : « Je ne pense pas que le cinéma puisse changer les choses mais il permet quelques fois d’apporter des réponses à des questionnements et de faire perdurer des choses et des faits qui sinon risqueraient de disparaître, s’oublier… »