Le comédien Maxime Taffanel transporte les spectateurs au cœur de la nuit du 4 août 1789 avec L'Abolition des privilèges, une adaptation du texte de Bertrand Guillot signée Hugues Duchêne. Au centre du public, dans un dispositif quadrifrontal, il transforme l'Odéon de Nîmes en hôtel des Menus Plaisirs, là même où l'Assemblée nationale a aboli les privilèges. La représentation, programmée ce mardi 7 octobre à Nîmes, puis en tournée à Sommières et Clarensac, plonge les spectateurs dans la ferveur révolutionnaire.
Une performance immersive au plus près du public
Dès son arrivée, filmée en vidéo depuis l'extérieur, Maxime Taffanel impose un rythme effréné. En sueur, parfois à bout de souffle, il incarne avec une énergie rare les députés de l'Assemblée. Une horloge égrène les heures tandis que l'histoire s'accélère : en quelques heures, tout bascule. Le public, placé au milieu de ce chaudron, est gagné par la fièvre et la ferveur de cette nuit historique.
« En politique, le corps compte autant que la parole », lance le comédien en annonçant la montée à la tribune du vicomte de Noailles. Une phrase qui résume sa performance, où le geste et la voix se conjuguent pour faire revivre l'éloquence des députés. Il brise sans cesse le quatrième mur, impliquant le public dans ce « joyeux effondrement » de l'Ancien Régime.
Des personnages oubliés au cœur du récit
Plutôt que de se limiter aux figures célèbres comme l'abbé Grégoire, Sieyès ou Talleyrand, la pièce donne vie à des personnages méconnus : l'avocat lorrain Adrien Duquesnoy, l'armateur Leroulx, le paysan Lepoutre, le marchand de vin breton Kerangal ou encore le duc d'Aiguillon, deuxième fortune du royaume. Chacun y va de sa proposition, de sa surenchère. La dîme, le privilège des provinces, le droit de chasse… Tout s'écroule. Le lendemain matin, la monarchie féodale n'est plus qu'un Ancien Régime.
Le texte, à la fois précis, savant et parfaitement accessible, est porté par Maxime Taffanel avec humour et clarté. Il en transmet le rythme, la saveur et la folie, donnant à entendre la verve révolutionnaire et l'éloquence des députés.
Un combat toujours actuel
La pièce va plus loin en questionnant les privilèges contemporains. Elle replace l'événement dans son contexte historique, depuis la montée sur le trône de Louis XVI jusqu'à la difficile transcription du texte dans la loi. Si Napoléon a considéré dix ans plus tard que la Révolution était « finie », les artistes persuadent facilement le public au terme de leur démonstration : elle est inachevée.
Les représentations se poursuivent cette semaine : mardi 7 octobre à 19 h à l'Odéon, rue Pierre-Semard à Nîmes (tarifs de 9 € à 17 €), vendredi 9 octobre à 20 h à l'espace Lawrence-Durrell, 245 boulevard Ernest-François à Sommières (de 5 € à 12 €), et samedi 10 octobre à 20 h au foyer, place de la Mairie à Clarensac (de 5 € à 12 €). Réservations au 04 66 36 65 10.