Doublage menacé par l'IA : les comédiens alertent
Doublage menacé par l'IA : les comédiens alertent

Les comédiens de doublage Jean-Philippe Puymartin et Damien Witecka, venus rendre hommage à Nathalie Baye au Festival du Film Francophone d'Angoulême, ont alerté sur les dangers de l'intelligence artificielle (IA) pour leur profession. Ils réclament une législation pour protéger leur travail, alors que l'IA génère déjà des voix artificielles utilisées dans des publicités ou des livres audio.

Un métier enfin reconnu, mais menacé

Jean-Philippe Puymartin, voix française de Tom Hanks dans « Arrête-moi si tu peux » de Steven Spielberg, et Damien Witecka, qui double Leonardo DiCaprio dans ce même film, ont expliqué à 20 Minutes comment la perception de leur métier a évolué. « J'ai commencé le doublage il y a une bonne trentaine d'années sinon plus. On rasait les murs pour le faire », a confié Puymartin, qui était à la Comédie-Française à l'époque. « Les réseaux sociaux ont tout changé. C'est là qu'on a découvert l'impact qu'on a pu avoir sur les gens. »

Damien Witecka a abondé : « Les réseaux sociaux nous ont permis d'arrêter d'avoir honte de faire ça et ont donné ses lettres de noblesse à notre profession. Il est faux de penser que les comédiens de doublage sont des comédiens qui n'ont pas réussi. »

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L'IA, une menace concrète

Les deux comédiens constatent déjà les effets de l'IA sur leur métier. « Il suffit d'aller sur YouTube, il y a beaucoup de pubs qui sont faites par l'IA. C'est navrant, c'est froid, c'est synthétique », a déploré Witecka. Il a également mentionné des tests sur les livres audio où « il n'y a aucune émotion ». Pour lui, « l'art, c'est l'être humain et l'IA donne un résultat déshumanisé ».

Jean-Philippe Puymartin a insisté sur la nécessité de se battre : « Il faut se battre pour que l'IA ne nous remplace pas, qu'elle soit juste un outil qu'on peut utiliser ou ne pas utiliser. Sinon, c'est la fin de la culture. C'est la fin de l'humanité. »

Un appel à la législation

Les doubleurs déplorent un retard législatif en France. « On est très en retard en France contrairement à d'autres pays comme le Mexique qui a interdit l'IA dans les doublages pour protéger sa culture, sa langue », a souligné Puymartin. L'Italie a également interdit l'IA dans les communications officielles, pour la voix et l'image.

Damien Witecka a regretté l'absence de volonté politique : « Notre ministre de la Culture, Catherine Pégard, a depuis la Cannes fait une intervention pour défendre la communication humaine. Mais, à l'instant, il n'y a pas d'avancée. » Il a ajouté : « On est en train de se faire voler nos voix, notre travail. Si on veut que l'IA soit un outil indispensable, il faut vraiment légiférer. On est quand même le pays de l'exception culturelle. C'est un peu dommage qu'on soit les derniers à réagir. »

Un avenir incertain

Les comédiens appellent à une mobilisation collective. « Il faut que les choses bougent vite car, là, on est en train de se faire piller », a averti Witecka. Il a expliqué que l'IA mélange les voix de plusieurs artistes, rendant leur identification impossible et créant « des voix qui n'existent pas et qui peuvent être utilisées à l'infini ».

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Jean-Philippe Puymartin a lancé un appel : « Il n'y a pas que nous, les artistes qui devons réagir. Le peuple français et l'Europe doivent nous soutenir, dire stop. Ce sont les démocraties qui doivent légiférer, métier par métier, secteur par secteur. » Il a toutefois noté une « vraie volonté politique du gouvernement de faire avancer les choses » et une « oreille attentive », tout en soulignant que « les élections approchent et qu'on arrive dans une grande période d'incertitude ». Damien Witecka a conclu : « Je pense qu'il faut donner des rails qui nous permettent de vivre avec sans se faire happer. C'est un problème qui touche de nombreux autres métiers et dont on ne mesure pas toujours l'impact. »