Washington accentue la pression sur ses alliés européens pour qu'ils accélèrent leurs investissements militaires, dans un contexte où le Pentagone réexamine son dispositif en Europe. Selon le Financial Times, le responsable de la politique du Pentagone, Elbridge Colby, a rencontré jeudi 27 août à Bruxelles les ambassadeurs de l'Otan afin de demander à certains pays d'accélérer leurs achats de systèmes d'armes conventionnels essentiels, jusqu'ici largement fournis par les États-Unis.
Des efforts majeurs réclamés pour une défense européenne autonome
Au centre des discussions, des « efforts majeurs pour accélérer le mouvement » nécessaires afin de parvenir à une force de l'Otan permettant à l'Europe de « diriger sa propre défense » ont été réclamés par l'émissaire américain. Il aurait notamment demandé davantage d'efforts au Royaume-Uni, tout en saluant l'Allemagne, la Pologne et les Pays-Bas.
Un diplomate de l'Otan cité par le FT précise que les évaluations des capacités militaires des membres de l'Alliance font apparaître « une mer de rouge », le rouge signalant des capacités jugées insuffisantes. Deux autres sources ont confirmé au journal que les lacunes militaires de plusieurs alliés avaient été évoquées.
Un examen des forces américaines en Europe en cours
Ces réprimandes interviennent alors qu'un examen des forces américaines en Europe a été lancé par les États-Unis en juin et doit s'achever en décembre. L'agence de presse Reuters précise que le Pentagone doit présenter à Pete Hegseth au moins quatre options concernant leur dispositif d'ici au 6 novembre. Un briefing entre le principal général américain en Europe et Elbridge Colby est d'ores et déjà prévu le 18 septembre.
L'audit porte notamment sur l'accès aux bases, les droits de survol et le soutien aux opérations américaines, mais aussi sur les infrastructures spatiales, cyber et de renseignement. De quoi déclencher la crainte chez les Européens qu'il ne débouche sur des retraits de troupes ou d'armes américaines. Environ 80 000 militaires américains sont actuellement stationnés en Europe.
Le soutien européen passé au peigne fin
Toujours selon le Financial Times, Washington a également interrogé par écrit les ambassadeurs de l'Otan sur le comportement de leurs gouvernements : leurs pays empêchent-ils ou limitent-ils l'utilisation de bases militaires américaines ? Achètent-ils des armes aux États-Unis ? Et leurs gouvernements ont-ils été « publiquement favorables » à la politique étrangère de Donald Trump ? « Nous voulions entendre directement les alliés, par écrit », a justifié Elbridge Colby lors de sa visite à Bruxelles.
Reuters donne plus de précision quant aux critères d'évaluation des États-Unis : selon ses informations, Washington pourrait envisager de réduire en priorité la présence de ses troupes dans les pays jugés insuffisamment coopératifs, ou peu favorables aux intérêts américains, notamment dans le contexte de la guerre entre les États-Unis et Israël contre l'Iran.
Des engagements financiers déjà pris par les alliés
Cette pression intervient après l'engagement des 32 membres de l'Otan à consacrer 5 % de leur PIB à la défense d'ici 2035, dont 3,5 % aux dépenses militaires « essentielles ». Selon les estimations de l'Otan, seuls cinq pays devraient atteindre ce seuil cette année. Après avoir lancé son avertissement, l'émissaire américain a finalement assuré auprès des Européens que les États-Unis « restaient attachés à l'Otan ».



