Le président américain Donald Trump a annoncé vendredi 28 août un accord donnant aux États-Unis le contrôle majoritaire d'une nouvelle entreprise chargée d'extraire une partie des réserves pétrolières inexploitées du Venezuela. Selon le Washington Post, cette société bénéficie de contrats de 100 ans sur 17 champs pétroliers, représentant plus de 65 milliards de barils de réserves, soit près d'un quart des réserves inexploitées du pays. Trump a présenté l'accord comme « le plus gros contrat pétrolier de l'histoire » et assuré qu'il ferait baisser « substantiellement » le prix de l'essence aux États-Unis.
Un partenaire privé sous enquête
Le principal partenaire privé vénézuélien serait North American Blue Energy Partners (NABEP), dirigé par l'homme d'affaires Alejandro Betancourt, 46 ans. Selon le Washington Post, sa production est passée d'environ 18 000 à près de 200 000 barils par jour en deux ans. Alejandro Betancourt fait toutefois l'objet depuis une dizaine d'années d'enquêtes pour blanchiment d'argent en Suisse, en Espagne et aux États-Unis, et est visé par un mandat d'arrêt suisse, rapporte le journal. Son avocat nie toute implication dans des activités de blanchiment.
Washington n'a de son côté pas donné suite à la demande de la Suisse d'arrêter et d'extrader Alejandro Betancourt vers ce pays, et a continué ces derniers mois à autoriser ses déplacements aux États-Unis pour rencontrer l'administration Trump.
Des dizaines de milliards de dollars nécessaires
Le projet soulève toutefois d'importantes interrogations sur son financement et sa faisabilité. Certains des 17 champs concernés ne disposent d'aucune infrastructure ni accès aux plateformes de transport, rapporte le WP. D'autres ont vu leurs installations se dégrader après des années de négligence et de vols de matériel. Les remettre en état d'exploiter pourrait donc coûter plusieurs dizaines de milliards de dollars, sans compter les dispositifs de sécurité coûteux dans des régions marquées par l'insécurité.
Donald Trump a de son côté assuré que l'accord ne coûtera rien aux contribuables, tandis que le secrétaire d'État Marco Rubio évoque près de 100 milliards de dollars d'investissements privés, sans préciser quelles entreprises les financeront. Le financement américain, selon les informations du Washington Post, notamment passer par l'Office of Strategic Capital du Pentagone, sous la forme de prêts ou de garanties, sans prise de participation directe. S'il engendrait des dépenses ou prêts publics, le projet devrait de toute manière nécessaire l'approbation du Congrès, alors que les élections de mi-mandat approchent.
Obstacles juridiques et politiques
Mais le projet se heurte aussi à des obstacles juridiques et politiques. Des modifications de la Constitution vénézuélienne pourraient être nécessaires pour permettre aux États-Unis de contrôler les champs pétroliers. Le tout alors que la légitimité de la présidente intérimaire Delcy Rodríguez, désignée par Trump après l'éviction de Nicolas Maduro, est elle-même contestée par une partie de l'opposition vénézuélienne, qui ne reconnaît pas sa désignation par Washington.
La production pétrolière vénézuélienne n'a par ailleurs progressé que d'environ 200 000 barils par jour au cours de l'année écoulée, malgré les promesses de l'administration Trump d'une relance rapide. Le Venezuela envisagerait par ailleurs de quitter l'OPEP, l'organisation qui coordonne la production des principaux pays exportateurs de pétrole et dont il est membre fondateur. Une telle décision pourrait servir les intérêts de Washington : en sortant de l'OPEP, le Venezuela serait moins tenu de respecter les quotas de production fixés par l'organisation et pourrait donc augmenter plus librement sa production. Les États-Unis renforceraient ainsi leur influence sur le marché pétrolier mondial.



