Le Bangladesh, deuxième exportateur mondial de vêtements, est confronté à une grave crise du gaz qui paralyse son industrie textile et asphyxie son économie. Selon un rapport publié par la Banque mondiale, la production industrielle a chuté de 12 % au premier semestre 2026, et le pays risque de perdre des parts de marché face à la concurrence régionale.
Une pénurie qui frappe de plein fouet l'industrie textile
Les usines textiles, qui représentent 80 % des exportations du pays, tournent au ralenti faute d'approvisionnement en gaz. Les coupures de courant et les baisses de pression sont fréquentes, obligeant les entrepreneurs à réduire leur production ou à fermer temporairement leurs usines. Selon un industriel local, "la situation est intenable, nous perdons des commandes chaque semaine".
Le géant de la confection, qui emploie plus de 4 millions de personnes, est particulièrement touché. Les petites et moyennes entreprises, qui n'ont pas les moyens de s'équiper en générateurs de secours, sont les plus vulnérables. Certaines ont déjà déposé le bilan, entraînant des licenciements massifs.
Les causes structurelles de la crise
La crise du gaz au Bangladesh résulte de plusieurs facteurs : une demande énergétique en forte hausse, une dépendance aux importations de gaz naturel liquéfié (GNL), et un manque d'investissements dans les infrastructures. Selon le rapport de la Banque mondiale, le pays ne produit que 60 % de ses besoins en gaz, le reste étant importé à des prix volatils.
Le gouvernement a tenté de réagir en augmentant les importations, mais les contraintes budgétaires et logistiques limitent les marges de manœuvre. Les experts pointent également du doigt la vétusté du réseau de distribution, qui entraîne des pertes techniques importantes.
Un impact économique majeur
Les conséquences économiques sont déjà visibles : la croissance du PIB est revue à la baisse, passant de 6,8 % à 5,2 % pour l'année 2026. Les investissements étrangers, notamment dans les zones économiques spéciales, sont en chute libre. Selon la Banque mondiale, le pays pourrait perdre 2 milliards de dollars de recettes d'exportation cette année.
Les travailleurs du textile, majoritairement des femmes, sont les premières victimes. Les heures supplémentaires sont supprimées, les salaires diminuent, et le risque de troubles sociaux augmente. Les syndicats appellent à des manifestations pour dénoncer la dégradation des conditions de travail.
Quelles perspectives pour le Bangladesh ?
Le gouvernement bangladais a annoncé un plan d'urgence pour accélérer la construction de nouvelles centrales à gaz et diversifier les sources d'approvisionnement, notamment en provenance du Qatar et d'Oman. Mais ces projets mettront plusieurs années à se concrétiser.
En attendant, le pays cherche à attirer les investisseurs dans les énergies renouvelables, avec l'objectif de porter la part du solaire et de l'éolien à 15 % de la production électrique d'ici 2030. Selon le rapport, cette transition est essentielle pour réduire la dépendance au gaz et éviter une nouvelle crise.
La crise actuelle met en lumière la fragilité du modèle économique bangladais, fondé sur une main-d'œuvre bon marché et une énergie subventionnée. Si aucune solution durable n'est trouvée, le pays risque de perdre sa compétitivité et de voir son industrie textile décliner, au détriment de millions d'emplois.



