La Ville de Sète a annoncé qu'elle ne partagerait plus les visuels entièrement générés par intelligence artificielle sur ses supports de communication municipaux. Cette décision, officialisée dans un communiqué publié la semaine passée, suscite des réactions contrastées dans le milieu associatif local, où de nombreuses structures ont recours à l'IA pour leurs affiches.
Un « stop » à l'IA dans les visuels relayés par la collectivité
Le maire Hervé Marquès a justifié cette position dans un communiqué intitulé « L'intelligence artificielle ne doit pas effacer la création humaine ». Il y annonce mettre un « stop » au recours à l'IA dans les visuels relayés par la collectivité. « L'usage partiel de l'IA peut être utile pour trouver une idée, réaliser une illustration ou surmonter un manque de temps et de moyens, estime Hervé Marquès. La Ville continuera d'accompagner les associations dans l'impression de leurs supports. En revanche, les visuels entièrement générés par intelligence artificielle ne seront plus relayés sur les supports de communication municipaux. »
Cette décision fait suite au partage, ces dernières semaines, d'affiches d'événements associatifs générées par IA sur les réseaux sociaux de la Ville. Ces visuels montraient une représentation de l'île singulière éloignée de la réalité, avec des façades caricaturées, des canaux dénaturés et un port défiguré. Si la Ville et son service communication affirment qu'ils seront « toujours aux côtés des associations sétoises pour les conseiller et les aider dans leurs communications », l'annonce a provoqué un petit émoi dans le milieu associatif.
Des associations partagées entre gain de temps et perte d'authenticité
Chaque année, la Ville de Sète imprime gratuitement près de 200 000 affiches et flyers pour les associations locales. Nombre d'entre elles ont récemment eu recours à l'IA pour la réalisation de leurs supports promotionnels. L'association de commerçants Les Vitrines de Sète ne s'en cache pas, pour annoncer ses braderies ou son rassemblement de voitures anciennes. « Nous n'avons pas les moyens de faire appel à un graphiste, concède la présidente Nathalie Munoz. L'utilisation de l'IA, tout le monde passe par là. C'est une solution de facilité. »
Mais la présidente tempère : « Attention de ne pas tomber dans ce piège trop facile. À l'imprimerie, on m'a fait remarquer que toutes les affiches se ressemblaient. Et c'est totalement vrai. Pour annoncer la fête espagnole, on a donc fait appel à un artiste. Et ce n'est pas ce qui manque à Sète. Il y avait une contrepartie financière, mais il y a tellement d'artistes talentueux… »
Du côté de l'association Les Copains d'Abord, le recours à l'IA est également assumé. « Un sacré gain de temps pour celui qui la fait », plaide ouvertement le président José Llinarès, dont l'affiche de la dernière fête de la coquille n'a pas échappé à l'IA. Support sur lequel la Ville lui a demandé de retirer le logo municipal. « Je sais qu'il y a des commentaires partout qui plaident en faveur des graphistes et je le comprends, admet José Llinarès. Moi, je sais ce que ça m'apporte en termes de temps. On donne les grandes idées et l'intelligence artificielle fait tout. Mais il faut faire attention. L'autre jour, je n'ai pas reconnu ma ville. L'IA a fait n'importe quoi. Il est important de fixer des limites à l'utilisation. »
Les graphistes inquiets face à un « concurrent gratuit »
Thomas Perea, gérant de l'entreprise Cactus à Sète et graphiste, voit avec inquiétude l'utilisation généralisée de l'IA. « On se bat contre un concurrent gratuit, qui évolue à une vitesse folle et qui s'améliore avec le temps. On a un adversaire bien plus fort que nous ! Notre œil de professionnel repère immédiatement l'utilisation de l'IA. Là où ça fait peur, c'est de voir à quelle vitesse l'outil s'améliore. Nous, on essaie d'être pédagogue, on rappelle l'intérêt de passer par un graphiste professionnel pour se démarquer. Ce recours à l'IA est en train de tuer les graphistes. »
Il nuance toutefois : « Mais il y a des motifs d'espoir. Des associations continuent de revenir pour nous confier la réalisation de leur affiche. Il n'y a rien de pire que de voir Sète rassembler à Marseille, et nos barques de joutes ressembler à des barques vénitiennes… »
La décision de la Ville de Sète marque une étape dans la régulation de l'usage de l'IA dans la communication publique locale, alors que les associations doivent désormais concilier contraintes budgétaires et exigence de qualité visuelle.