Nina Morguleff : de l'astrophysique à la fondation de Midi Libre
Nina Morguleff : astrophysicienne et cofondatrice de Midi Libre

Nina Morguleff, astrophysicienne de formation, résistante sous l'Occupation et cofondatrice du journal Midi Libre, incarne un parcours exceptionnel. « Elle est un cas unique ! », s'enthousiasme Jean-Michel Faidit, docteur en histoire de l'astronomie et écrivain scientifique, à propos de cette femme qui a brillé tant dans les sciences que dans le journalisme.

Une enfance marquée par l'exil

Née dans une famille russe aisée sous le nom de Morguieff, Nina fuit vers l'ouest avec son frère Georges et leur mère chirurgienne après l'exécution de leur père par les bolcheviques en 1920. C'est à Paris qu'elle développe ses aptitudes scientifiques. Après une licence en sciences, elle obtient en 1937 un diplôme d'ingénieur de l'École supérieure de chimie de Lyon. Attirée par la recherche fondamentale, elle se forme en spectroscopie moléculaire à l'Institut d'astrophysique de Liège sous la direction de Pol Swings, puis travaille comme stagiaire à l'Observatoire de Paris de 1937 à 1940, au laboratoire de spectrophotométrie stellaire des astrophysiciens Daniel Barbier et Daniel Chalonge. Elle publie des articles dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences et bénéficie d'une bourse du CNRS, dont elle accompagne la délocalisation à Bordeaux en zone libre lors de l'exode de mai 1940.

De l'astrophysicienne à la résistante

Après la promulgation des lois sur le statut des juifs le 3 octobre 1940, elle s'installe à Champagne-au-Mont-d'Or, près de Lyon, et travaille comme ingénieur chimiste dans une usine à Villeurbanne. En 1942, l'invasion de la zone libre par les Allemands la pousse à entrer dans la clandestinité. Elle rejoint le mouvement de résistance Libération Sud sous le pseudonyme de Madeleine Rochette, devenant la secrétaire et collaboratrice de l'historien résistant Marc Bloch. Après l'arrestation de ce dernier en mars 1944, elle fuit vers Carcassonne après avoir mis en sécurité les éléments de communication du réseau.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La naissance de Midi Libre

Quelques mois plus tard, elle participe à la création de Midi Libre aux côtés d'Armand Labin (alias Jacques Bellon) et de Maurice Bujon, futur premier rédacteur en chef puis PDG de 1956 à 1996. « En arrivant à L'Éclair, ils n'ont même pas eu à sortir leurs pétards ! », raconte Jean-Michel Faidit. Nina Morguleff met ensuite en place et dirige le bureau parisien du journal. Une fois la guerre terminée, elle retourne à sa passion première : l'astrophysique.

Le mystère des étoiles à potassium

Dans le cadre de sa collaboration avec Daniel Barbier, elle est témoin en 1962 d'un étrange phénomène. Le 15 mai, depuis l'observatoire de Haute-Provence, ils découvrent une étoile à éruption temporaire de potassium dans le proche infrarouge, publiée dans L'Astrophysical Journal. Deux ans plus tard, un nouvel article révèle deux autres étoiles à potassium. Ils co-publient dans les Annales d'Astrophysique une analyse de cette possible nouvelle classe d'étoiles, détectées sur un panel d'un millier d'étoiles et 1 675 heures d'observations. Intrigués, trois astronomes américains de Berkeley entreprennent une étude approfondie, sans trouver de phénomène similaire. D'autres équipes confirment ces résultats négatifs. Le mystère s'épaissit jusqu'à ce que sa consœur Yvette Andrillat trouve une explication : « Il se trouve que Daniel Barbier fumait comme un pompier. Et modifiait, bien involontairement, certains des spectres stellaires en craquant une allumette pour rallumer sa pipe ! », explique Jean-Michel Faidit. Cette anecdote illustre la rigueur scientifique et les aléas de la recherche. Pour Faidit, l'entrée de Marc Bloch au Panthéon fin juin est « l'occasion de la remettre en lumière, tant pour sa carrière en astrophysique que pour son œuvre dans le journalisme ».

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale