Le groupe de hackers Jabaroot a diffusé, lundi 24 août, sur le réseau social Telegram, les données de 70 000 membres présumés des services de sécurité et de renseignement du Maroc, rapporte le site d'information espagnol El Confidencial. Une seconde liste publiée par les pirates contient les noms, grades et données bancaires de 1 400 agents marocains présumés des services de sécurité ou des renseignements.
L'exactitude de l'authenticité de ces données n'est pour le moment pas établie. Toutefois, rapporte le site espagnol, « la liste a été jugée authentique (au moins partiellement) par plusieurs anciens agents des services de renseignements marocains, qui ont confirmé à El Confidencial que certains des noms divulgués appartenaient à la Direction générale de la sécurité et du renseignement (DGST, la sécurité intérieure) ». D'après ce site d'information, il s'agit de « la plus importante faille de sécurité à laquelle les services de sécurité du royaume ont jamais été confrontés ».
Des hauts cadres de la DGST et de la DGSN dans les fichiers
Selon les informations du Monde, qui a consulté quatre tableurs répertoriant pour l’essentiel des anonymes, le nom de hauts cadres des directions générales de la sûreté nationale (DGSN) et de la DGST, dont leur patron, le puissant Abdellatif Hammouchi, y figurent. On y retrouve également des directeurs régionaux et des chefs de départements, notamment de l’antiterrorisme et du contre-espionnage. Les agents de renseignement ne sont pas les seuls à figurer. Des membres des ressources humaines font eux aussi partie de la liste.
Selon Akram Kharief, spécialiste des questions de sécurité en Afrique du Nord, « rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que ces 70 000 personnes sont autant d’espions marocains. (…) Certaines personnes figurant dans les fichiers peuvent être des policiers, des administratifs ou des fonctionnaires sans aucune activité clandestine », relève-t-il dans un post sur la plateforme Substack publié mardi.
Des données suggérant une origine interne
D'après Le Monde, à chacun des noms sont associés un matricule, des numéros de carte d'identité et de comptes bancaires ainsi que des dates de recrutement et de naissance. Ce type d'informations suggérerait une provenance probablement issue d'un service ou d'un logiciel de paie. Le fait que l'année d'embauche la plus récente remonte à 2020 indique par ailleurs que les données, si elles sont réelles, sont vraisemblablement anciennes.
Jabaroot n'en est pas à son premier coup d'essai. En avril 2025, ces pirates avaient commis une cyberattaque contre la Caisse nationale des organismes de prévoyance sociale, dont dépendent les fonctionnaires. Les données de trois millions d'affiliés avaient été partagées en ligne. Au cours de l'année 2025, les hackers avaient dévoilé les noms de milliers d'employés des palais royaux, mis en lumière les rémunérations de deux millions de salariés, et livré, déjà, des informations sur la DGSN et la DGST.
Des doutes sur l'origine des données
Pour le site marocain Médias24, qui atténue l'ampleur de la fuite, « les noms sont tout à fait susceptibles d'avoir été obtenus à partir de précédents piratages d'organismes ». Les hackers auraient donc pu regrouper sur un même fichier les noms d'agents marocains dont les données avaient déjà été piratées auparavant, afin de donner l'impression d’une nouvelle révélation.
Peu d’éléments ont filtré sur Jabaroot, mot arabe qui signifie « puissance » ou « domination ». Ces pirates informatiques se présentaient à leurs débuts comme des « patriotes algériens » et sont donc suspectés d'être liés à l'Algérie, dont les relations avec le Maroc sont particulièrement tendues. Courrier International précise que ce groupe serait également associé aux services de renseignements espagnols. Selon les informations du Monde, le piratage de lundi serait l'œuvre de cinq anciens agents de la DGST, quatre officiers et un commissaire de police ayant rompu avec le « service » et s'étant exilés en Europe, qui réclament des changements à la tête des institutions sécuritaires du royaume.
Les hackers parlent de ces listes comme d'un « cadeau » fait à l’Europe et en particulier à l'Espagne, précise RFI. Ils accusent en effet des responsables sécuritaires marocains d'avoir facilité le passage vers l'enclave espagnole de Ceuta de milliers de migrants, fin juillet. En Espagne, une partie de la presse et de la classe politique veut également croire que cette récente crise migratoire et frontalière avec son voisin serait une initiative des milieux sécuritaires marocains, sans preuve tangible.



