Ingérences russes : ne pas nourrir le troll
Ingérences russes : ne pas nourrir le troll

Les ingérences russes sur les réseaux sociaux sont en augmentation, et les experts alertent sur l'importance de ne pas interagir avec les trolls. Selon une étude récente, 70 % des contenus partagés par des comptes liés à la Russie sont amplifiés par des internautes qui les commentent ou les partagent, souvent sans le savoir. Cette amplification involontaire donne une visibilité disproportionnée à ces messages, qui visent à polariser les débats et à semer la discorde.

Le mécanisme de l'ingérence

Les opérations d'ingérence russe, menées par des agences comme l'Internet Research Agency, utilisent des bots et des trolls pour diffuser des messages clivants sur des sujets sensibles : élections, migrations, santé publique, ou encore conflits internationaux. Ces comptes imitent souvent des profils authentiques, avec des photos et des histoires fictives, pour gagner la confiance des internautes. Une fois crédibles, ils publient des contenus destinés à attiser les tensions.

Les chercheurs de l'Institut pour l'étude de la désinformation (ISD) ont identifié que les trolls russes ciblent particulièrement les périodes électorales, mais aussi les crises sanitaires, comme la pandémie de Covid-19, où ils ont diffusé de fausses informations sur les vaccins. En France, une enquête de la DGSI a récemment mis au jour un réseau de comptes pro-russes actifs depuis plusieurs années, qui ont tenté d'influencer l'opinion publique avant les élections présidentielles de 2022.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

L'erreur fatale : nourrir le troll

La tentation est grande de répondre à un troll pour le dénoncer ou le ridiculiser. Mais selon les experts, c'est exactement ce qu'ils veulent. « Chaque interaction, même négative, augmente la portée de leur message et leur donne une légitimité », explique Jean-Baptiste Vilmer, chercheur en cyberstratégie. « Il ne faut pas nourrir le troll, c'est-à-dire ne pas lui donner de l'attention, car cela renforce son influence. »

En effet, les algorithmes des réseaux sociaux privilégient les contenus qui suscitent des réactions, qu'elles soient positives ou négatives. Un simple commentaire de colère peut propulser un contenu toxique dans le fil d'actualité de milliers d'autres utilisateurs. Une étude de l'université de Stanford a montré que les tweets qui reçoivent des réponses sont 20 fois plus susceptibles d'être vus que ceux qui n'en reçoivent pas.

Que faire face à un troll ?

Les recommandations des experts sont claires : ne pas répondre, ne pas partager, et surtout ne pas citer le troll dans un post, même pour le dénoncer. Il est préférable de signaler le compte à la plateforme et de bloquer l'utilisateur. Les plateformes comme Twitter et Facebook ont des procédures de signalement, mais leur efficacité est variable. En France, la plateforme PHAROS permet de signaler les contenus illicites en ligne.

Il est également conseillé de vérifier les informations avant de les partager, en utilisant des sites de fact-checking comme Décodex ou FactCheckeur. « La meilleure défense est l'esprit critique », souligne la journaliste spécialisée Marie Charrel. « Il faut toujours se demander qui publie, pourquoi, et si la source est fiable. »

La responsabilité des plateformes

Les géants du numérique sont de plus en plus critiqués pour leur gestion des ingérences russes. En 2023, une commission sénatoriale américaine a publié un rapport accablant sur la persistance des campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux, malgré les promesses de modération renforcée. Les sénateurs ont noté que les comptes liés à la Russie sont encore nombreux et que les algorithmes favorisent leur diffusion.

Face à ces critiques, les plateformes ont annoncé des mesures, comme l'étiquetage des contenus d'origine étatique et le renforcement de la détection des bots. Mais les experts restent sceptiques : « Les mesures actuelles sont insuffisantes, car les opérateurs russes s'adaptent rapidement en créant de nouveaux comptes et en modifiant leurs techniques », affirme un rapport de l'European External Action Service.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Comment les citoyens peuvent se protéger

Au-delà de la réaction individuelle, il est important de sensibiliser son entourage aux techniques de manipulation. Les ateliers de formation aux médias, organisés par des associations comme Les Décodeurs ou la Fondation Descartes, se multiplient dans les écoles et les entreprises. L'objectif est d'apprendre à repérer les signes d'un compte troll : absence de photo de profil, historique de publications incohérent, langage excessif, etc.

Enfin, les citoyens peuvent contribuer à la vigilance collective en utilisant des outils comme le navigateur anti-fake ou en rejoignant des communautés de fact-checkers. « La lutte contre la désinformation est l'affaire de tous », conclut Jean-Baptiste Vilmer. « Chacun peut agir à son échelle, en ne partageant pas l'information douteuse, en signalant les abus, et en éduquant son entourage. »

En attendant, les autorités françaises et européennes renforcent leurs dispositifs de surveillance et de riposte. La France a créé une task force dédiée aux ingérences étrangères, et l'Union européenne a adopté un règlement sur les services numériques qui impose aux plateformes de lutter contre les contenus illicites. Mais la menace évolue constamment, et la vigilance reste de mise.