Face à l'essor des cybermenaces, la filière aéronautique française a annoncé, jeudi 6 août, un plan ambitieux pour renforcer sa cyberdéfense. Doté d'un milliard d'euros d'investissements d'ici 2030, ce dispositif vise à protéger les entreprises du secteur, des grands groupes aux PME sous-traitantes, contre des attaques de plus en plus sophistiquées.
Un contexte de menaces accrues
Le secteur aéronautique est devenu une cible privilégiée pour les cybercriminels et les États hostiles. Selon le dernier rapport de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), le nombre d'incidents signalés dans l'industrie aéronautique a augmenté de 40 % en 2025 par rapport à l'année précédente. Les attaques visent notamment les chaînes d'approvisionnement, les systèmes de navigation et les données de conception.
« La cybersécurité est devenue un enjeu de souveraineté pour notre industrie. Nous devons agir collectivement pour protéger nos savoir-faire et nos emplois », a déclaré Marie-Laure Fages, déléguée générale du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS), lors de la présentation du plan.
Un plan en quatre axes
Le plan, élaboré en concertation avec l'ANSSI et la Direction générale de l'armement (DGA), s'articule autour de quatre axes principaux.
- Diagnostic et sensibilisation : réaliser des audits de sécurité dans 500 PME sous-traitantes d'ici 2027 et former 10 000 salariés à la cybersécurité.
- Mutualisation des outils : créer une plateforme de partage de renseignements sur les menaces et mutualiser les outils de détection pour les petites structures.
- Innovation et recherche : investir 300 millions d'euros dans des projets de recherche sur la cybersécurité des systèmes embarqués et des drones.
- Coordination et réaction : mettre en place une cellule de crise mutualisée pour répondre aux incidents majeurs.
Un enjeu de compétitivité
Au-delà de la protection, ce plan vise à renforcer la compétitivité de la filière française. Les entreprises capables de démontrer une cybersécurité robuste seront mieux placées pour remporter des contrats, notamment à l'export. « Nos clients exigent des garanties de sécurité de plus en plus strictes. Ce plan est un atout commercial », souligne un expert du secteur.
Le GIFAS estime que ce programme pourrait créer 5 000 emplois spécialisés d'ici 2030, dans un secteur qui emploie déjà 200 000 personnes en France.
Un calendrier progressif
Les premières mesures, comme les audits et les formations, seront déployées dès 2026. La plateforme de partage de renseignements devrait être opérationnelle en 2027. Les investissements en recherche s'étaleront jusqu'en 2030.
Ce plan s'inscrit dans une démarche plus large de l'État, qui a fait de la cybersécurité une priorité nationale. Le gouvernement prévoit d'ailleurs de présenter, à l'automne, une stratégie nationale de cyberdéfense pour l'ensemble des industries critiques.



