Après la défaite à Dublin face au Leinster, on l’avait dépeint comme « un phare dans le brouillard irlandais ». Nous faisions fausse route. Tomás Albornoz est en fait un soleil dans le ciel toulonnais. Au cœur d’une fin de saison baignée d’obscurité pour ce RCT, l’ouvreur argentin ne cesse de briller… et d’éclairer. Ce dimanche 31 mai, le cagnard de Tucumán a encore frappé. Sans aucune pitié.
Un doublé décisif
Demandez au pauvre Martin Page-Relo. À la 14e minute, le demi de mêlée bordelo-béglais, gêné, égarait la gonfle à quelques mètres de l’en-but varois. En bon Puma qu’il est, “Tomi” ne se faisait pas prier. Lancé comme une balle, l’ancien Trévisan se saisissait du cuir en premier et traversait le terrain en quasi-totalité, sur 90 mètres, s’offrant même le luxe de résister au retour de la fusée Madosh Tambwe pour aplatir le premier essai de la journée (7-0).
Et si son coup de pied contré amenait, dix minutes plus tard, l’égalisation de l’UBB, le nouveau protégé de Mayol se rattrapait sans tergiverser. Au terme d’une action menée de main de maître (notamment par sa personne), Albornoz distillait un petit rasant pour lui-même dans les 22 mètres adverses et s’offrait son premier doublé en Top 14 (14-7, 34e). Pour lui, tout le stade se levait. Même ceux qui, une poignée de mois auparavant, avaient osé douter de son talent.
Les louanges de Mignoni et Serin
Au contraire du coach Pierre Mignoni, qui jubilait : « Je sais que vous êtes toujours impatients. Quand il est arrivé, j’ai entendu qu’il n’était pas fait pour ce championnat. Il a été beaucoup critiqué et, aujourd’hui, il a fait taire les critiques. C’est quelqu’un à qui il faut laisser du temps. Il occupe un poste difficile et ne parle pas français. Désormais, il comprend ce qu’est le Top 14. Il comprend son équipe. » Et inversement.
Son compère de la charnière Baptiste Serin a trouvé comment fonctionner avec ce feu follet : « Je fais plus jouer qu’avec un autre profil. Comme en équipe de France, par exemple, où je joue avec Jalibert. Il y a des mecs qui ont ces qualités de duels et de vision du jeu incroyables. Tomás est de la même trempe. Il est de ceux qui sont capables d’un éclair à tout moment. »
Un joueur adopté
Également auteur du sauvetage d’une pénaltouche, de quelques transmissions bien senties et de cinq plaquages cassés (entre autres), Albornoz, élu homme du match, a décidément été adopté. Avec toute sa créativité. « C’est un joueur qui ne doit pas rester dans les systèmes, poursuit Mignoni. Il est à la fois un garçon intelligent et plein d’instinct. C’est un attaquant qui cherche toujours les espaces, mais qui prend aussi la mesure du Top 14. Il commence à bien s’adapter et il faut lui laisser cette opportunité de jouer avec ses points forts. »
« De bon augure pour la suite », dixit Serin. Car tout le monde le sait : à Toulon, le soleil brille durant la majeure partie de l’année. Et avec Albornoz, l’horizon s’annonce radieux.



