À Roland-Garros, les larmes et la fierté des Ukrainiennes après les bombardements
Roland-Garros : larmes et fierté des Ukrainiennes

La nuit a été courte. Stressante surtout. Et les larmes devaient couler. Ce dimanche 24 mai, soulagée d’avoir remporté son premier tour de Roland-Garros face à l’Espagnole d’origine russe Oksana Selekhmeteva (6-2, 6-3), Marta Kostyuk n’a pu contenir son émotion. À plus de 2 000 km de Kiev, l’Ukrainienne a dû attendre, inquiète, des nouvelles de ses proches, qui ont vécu l’une des pires nuits depuis le début de l’invasion russe en février 2022, avec des bombardements massifs sur la capitale.

« Je suis incroyablement fière de moi, je pense que c’était l’un des matchs les plus difficiles de ma carrière, sanglotait-elle sur le court Simonne-Mathieu. Ce matin, un missile a détruit un bâtiment à 100 m de la maison de mes parents. C’était très difficile. Je ne savais pas comment ce match allait se dérouler pour moi, je ne savais pas comment j’allais le gérer. J’ai pleuré une partie de la matinée. »

« Ce matin, je me sentais malade, parce que je me suis dit qu’à peu de chose près, je n’aurais plus eu ni de mère, ni de sœur aujourd’hui, a prolongé la vainqueure du WTA 1000 de Madrid en conférence de presse. (…) C’était probablement le moment le plus difficile de ma vie, parce qu’on ne savait pas ce qui se passait. Toute ma famille était là, il y avait 17 personnes dans la maison. C’était une vraie inconnue. Je crois que c’est la fois où le conflit s’est le plus rapproché de ma maison. »

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« Tout notre peuple vit des moments difficiles »

Chamboulée, Marta Kostyuk a finalement esquissé son premier sourire en entrant sur le court et en découvrant les nombreux drapeaux ukrainiens qui garnissaient les tribunes. Du baume sur des cœurs abîmés, et un beau symbole d’unité pour un pays en souffrance depuis plus de quatre ans. « Je savais qu’il y aurait beaucoup de drapeaux ukrainiens ici, aujourd’hui, et que beaucoup d’Ukrainiens viendraient nous soutenir. Mes amis d’Ukraine sont venus aussi, je suis très heureuse de les avoir ici », savourait la 15e mondiale.

Quelques minutes plus tard, ses compatriotes avaient migré sur le court n° 9, où Yulia Starodubtseva affrontait la Russe Anna Blinkova. Un match symbolique, que les supporters ukrainiens ne voulaient pas manquer. « Tout notre peuple vit des moments difficiles, on se doit de se soutenir et de montrer notre drapeau, estime Victoria, avec son drapeau autour des hanches. La Russie est un état terroriste, je le sais, mais le monde entier ne le sait pas encore. Et on doit être ici, dans ces grands tournois, pour le rappeler. »

« Des émotions positives qu’on ne vit plus beaucoup »

La jeune femme a fait plus de 27 heures de voyage pour être à la Porte d’Auteuil, ce dimanche. Partie de Kiev, elle a pris un premier train vers la campagne polonaise, avant d’en emprunter un second vers Varsovie et de rejoindre Paris en avion. « Je serai là pour les quatre premiers jours, pour pouvoir encourager toutes nos joueuses lors de leur premier match », promet-elle.

Dmytro s’est, lui aussi, lancé dans un long périple pour assister pour la première fois à Roland-Garros. « On a pris la voiture hier (samedi) à 8 heures de Kiev pour passer la frontière et aller en Moldavie, comme l’espace aérien est fermé, explique le père de famille, inquiet pour son appartement situé au milieu des bombardements. On a ensuite pris l’avion et on est arrivé à Roland-Garros vers midi, juste à temps pour voir Marta gagner. Et on attend Elina (Svitolina) et Dayana (Yastremska) dans les prochains jours. »

Malgré la difficulté du trajet, l’Ukrainien voulait absolument être là. « La guerre dure depuis plus de quatre ans, c’est notre réalité maintenant, regrette celui qui gère des infrastructures stratégiques ukrainiennes. On essaye quand même de vivre notre vie et de soutenir nos forces armées comme on peut. Venir dans ce genre d’endroits offre des émotions positives qu’on ne vit plus beaucoup. Et je pense qu’il faut soutenir les athlètes qui représentent notre pays, qui montrent que l’on peut souffrir mais résister et gagner. C’est dans la nature des Ukrainiens de se battre. »

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Fierté d’afficher son drapeau

Les sourires des supporters ne cachent malgré tout pas la tristesse qui les étreint. Après plus de quatre ans de guerre, ils n’en voient plus le bout, et sont groggys devant la violence des attaques de la nuit. « C’était l’attaque la plus cruelle qu’on n’a jamais vue, assure Ihor, natif de Kiev, venu avec son épouse depuis Düsseldorf (Allemagne). Ils n’ont pas visé des sites militaires, ils ont détruit des bâtiments, des lieux culturels, un centre commercial… C’était pour faire mal au peuple ukrainien. »

Son drapeau fermement attaché à la barrière derrière les gradins, Ihor ne cache pas sa fierté de l’afficher. « Quand on est entré, on ne voyait pas de drapeaux donc on a hésité à le sortir, souffle-t-il, pris par l’émotion alors que sa femme ne peut retenir ses larmes. Nous sommes une nation humble, on n’aime pas se mettre en avant, mais on doit se montrer qu’on existe encore, et qu’on ne lâchera jamais, peu importe les atrocités. »