La puissante confédération européenne a lancé une charge d'une rare intensité contre le patron du football mondial. Dans un communiqué publié samedi, l'UEFA affirme que Gianni Infantino a « perdu la confiance » de l'instance européenne et de « nombreux autres membres de la famille du football ». Cette offensive survient alors que la FIFA vient d'enterrer, sous la pression, son projet d'ouvrir ses activités commerciales à des investisseurs privés.
Des « manœuvres secrètes » dénoncées
« Nous ne pouvons pas continuer ainsi, avec des manœuvres secrètes menées à un rythme effréné, orchestrées par des personnes sans visage et dont l’intérêt pour le sport est douteux », écrivent les dirigeants de l'UEFA. Leur communiqué ajoute : « Nous devons identifier les responsables et leur demander des comptes. »
Cette sortie intervient au lendemain du retrait annoncé par Gianni Infantino lui-même. La FIFA avait présenté, quelques jours plus tôt, une réforme ambitieuse destinée à renforcer le financement du développement du football dans le monde. Mais le projet suscitait une opposition croissante depuis plusieurs jours, notamment de la part des confédérations et en premier lieu de l'UEFA.
La FIFA renonce à la FIFA Forward Entreprise
Le dispositif litigieux prévoyait la création de la FIFA Forward Entreprise (FFE), une entité chargée de piloter les activités commerciales et événementielles de l'instance mondiale. Pour alimenter ce nouvel outil, la FIFA souhaitait céder jusqu'à 20 % de cette structure à des investisseurs privés. L'objectif était de lever jusqu'à 4,2 milliards de dollars, afin de porter à 10 milliards de dollars les financements alloués au développement du football sur les quatre prochaines années.
Face à la bronca générale, Gianni Infantino a justifié son revirement dans un communiqué : « Après avoir écouté attentivement tous les points de vue, il est devenu clair que le projet a créé des divisions […] qui ne sont plus dans l’intérêt de l’objectif initial. » Et d'ajouter : « La proposition ne sera donc pas retenue. »
Cette décision constitue un recul majeur pour le président de la FIFA, qui avait fait de ce dossier l'un de ses chevaux de bataille. Le « lâchage » est d'autant plus spectaculaire que l'UEFA revendique ouvertement ce retrait comme une victoire.
Élection de 2027 : une position fragilisée
Ce coup d'éclat intervient dans un contexte particulièrement sensible pour Gianni Infantino. La prochaine élection du président de la FIFA est programmée pour mars 2027. À ce jour, le dirigeant suisse est le seul candidat déclaré à sa propre succession. Mais cette nouvelle crise pourrait rebattre les cartes et encourager d'éventuels concurrents à se manifester.
L'UEFA, qui pèse lourd dans l'équilibre des pouvoirs du football mondial, ne cache pas ses ambitions. En demandant des comptes, elle place Gianni Infantino en position de faiblesse. Le message est clair : sans le soutien des grandes fédérations européennes, la gouvernance de la FIFA pourrait devenir ingouvernable.
Reste à savoir si ce revirement suffira à apaiser les tensions. Pour l'heure, l'UEFA maintient la pression et exige davantage de transparence dans la gouvernance de l'instance mondiale. Le football, lui, retient son souffle à moins de trois ans de l'échéance décisive.



