Gianni Infantino renonce aux investisseurs privés à la Fifa
Gianni Infantino renonce aux investisseurs privés à la Fifa

Le président de la Fifa, Gianni Infantino, a été contraint de faire machine arrière. Samedi 1er août 2026, il a officiellement renoncé au projet d’ouverture de l’instance mondiale du football à des investisseurs privés, face à l’opposition massive de plusieurs confédérations, en particulier l’UEFA, qui menaçait de boycotter la prochaine Coupe du monde.

Dans un communiqué, Gianni Infantino a reconnu l’échec de son initiative : « Après avoir écouté attentivement tous les points de vue, il est devenu clair que le projet a créé des divisions […] qui ne sont plus dans l’intérêt de l’objectif initial. » Il a ajouté : « Notre but a toujours été, et sera toujours, d’unir et de progresser. La proposition ne sera donc pas retenue. »

Un projet présenté comme nécessaire pour financer le développement du football

Le plan, dévoilé mardi à la surprise générale, prévoyait la création d’une société dédiée, la Fifa Forward Enterprise (FFE), chargée de gérer les activités commerciales et événementielles de la Fifa. L’objectif affiché était de porter à 10 milliards de dollars le financement du développement du football sur les quatre prochaines années. Pour y parvenir, la Fifa comptait lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars en cédant à des investisseurs privés des parts minoritaires de cette structure, à hauteur de 20 % maximum.

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Ce calendrier très court a immédiatement suscité des critiques, tant sur le fond que sur la forme. Plusieurs fédérations ont dénoncé un manque de consultation et une gouvernance par la peur. L’UEFA avait notamment dénoncé un « ultimatum » et une « gouvernance par la peur », en particulier après la révélation d’une lettre de Gianni Infantino adressée aux 211 fédérations membres, leur donnant jusqu’au 19 septembre pour se prononcer.

L’UEFA et les confédérations se dressent contre le projet

L’UEFA, qui réunit 55 fédérations européennes et compte dans ses rangs sept des dix derniers champions du monde, a été la première à hausser le ton. Jeudi, elle a menacé « à l’unanimité » de ne pas participer aux prochaines compétitions de la Fifa, y compris la Coupe du monde, si le projet n’était pas abandonné. La Concacaf, composée de 41 fédérations d’Amérique du Nord, centrale et des Caraïbes, a également « rejeté la proposition », suivie vendredi par la Confédération asiatique (AFC), qui a déploré l’absence du « large consensus » nécessaire.

Les confédérations africaine et océanienne se sont montrées moins critiques, appelant leurs associations membres à « examiner » et à « évaluer » le projet. La Conmebol sud-américaine, elle, a demandé des précisions, tout en appelant à « placer toujours le football au-dessus de tout autre intérêt ». De son côté, l’ancien président de la Fifa Sepp Blatter a commenté sur X : « Si l’on vend les joyaux du football à des investisseurs privés, on vend également une partie de ce sport – et surtout son âme. »

Des soupçons de conflit d’intérêts

Le projet a également été entaché par des soupçons de conflit d’intérêts. Parmi les investisseurs potentiels, les détracteurs du plan ont repéré le fonds d’investissement Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner, le frère de Jared Kushner, gendre de l’ancien président américain Donald Trump. Or Gianni Infantino a régulièrement affiché sa proximité avec Donald Trump avant et pendant la Coupe du monde 2026.

Si le projet avait été mis en œuvre, chacune des 211 fédérations membres de la Fifa aurait reçu une enveloppe exceptionnelle de 20 millions de dollars début 2027, et aurait vu sa dotation pour la période 2027-2030 passer de 8 à 20 millions de dollars. Une perspective jugée pourtant insuffisante par certains. La présidente de la Fédération norvégienne, Lise Klaveness, avait dénoncé vendredi « une forme de chantage », affirmant que la Fifa « n’avait pas besoin de cet argent ».

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Une reculade aux airs de revanche politique

Gianni Infantino sort affaibli de cette séquence. Le dirigeant, déjà fragilisé par la démission de son conseiller principal, Carlos Cordeiro, doit faire face à des échéances électorales : il est candidat à sa propre succession au mois de mars 2027, un scrutin pour lequel il est pour l’instant le seul candidat déclaré.

Dans ce contexte, le retrait du projet a été salué par plusieurs instances. Le président de la Confédération asiatique, Shaikh Salman, a appelé à faire preuve de « transparence » à l’avenir pour toute autre initiative d’une telle ampleur, tandis que la Fédération mexicaine s’est réjouie sur X « du fait que l’unité de toutes les confédérations et fédérations ait été privilégiée dans l’intérêt du football ». Une manière de tourner la page, sans pour autant dissiper les inquiétudes sur la gouvernance de l’instance mondiale.