Fifa : Infantino renonce à son plan d'investisseurs privés
Fifa : Infantino renonce à son plan d'investisseurs privés

Gianni Infantino a fait machine arrière, ce samedi 1er août, sous la pression des critiques. Le président de la Fifa abandonne son plan d'ouverture du football aux investisseurs privés, un projet qui suscitait des craintes de marchandisation et de conflits d'intérêts. Dans un communiqué, il a reconnu qu'« après avoir écouté attentivement tous les points de vue, il est devenu clair que le projet a créé des divisions […] qui ne sont plus dans l'intérêt de l'objectif initial ». Il a ajouté : « Notre but a toujours été, et sera toujours, d'unir et de progresser. La proposition ne sera donc pas retenue. » Ce revirement survient alors que le dirigeant est fragilisé par la démission récente de son conseiller principal, Carlos Cordeiro.

Un plan contesté dès sa présentation

Le projet avait été dévoilé mardi à la surprise générale. Il visait à porter à dix milliards de dollars le financement du développement du football dans les quatre prochaines années. Pour ce faire, Gianni Infantino entendait créer une société, la Fifa Forward Entreprise (FFE), ouverte aux investisseurs privés et chargée de gérer les activités commerciales et événementielles de l'instance mondiale. Beaucoup s'inquiétaient de voir les compétitions dénaturées par une telle marchandisation.

La Fédération mexicaine de football a été l'une des premières à réagir officiellement. Sur X, elle a déclaré se « réjouir du fait que l'unité de toutes les confédérations et fédérations ait été privilégiée dans l'intérêt du football », prenant acte du retrait.

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L'UEFA et les confédérations vent debout

L'opposition la plus ferme est venue de l'UEFA, qui réunit 55 fédérations européennes et compte dans ses rangs sept des dix derniers champions du monde. Jeudi, elle avait menacé « à l'unanimité » de ne pas participer aux prochaines compétitions de la Fifa, y compris le Mondial, si le projet n'était pas abandonné. La Concacaf, composée de 41 fédérations d'Amérique du Nord, centrale et des Caraïbes, avait « rejeté la proposition ». Son homologue asiatique, l'AFC, a emboîté le pas vendredi en estimant que le plan « ne pouvait parvenir au large consensus et à l'unité nécessaires pour aller de l'avant ».

Les confédérations africaine et océanienne se sont montrées moins critiques, appelant leurs associations membres à « examiner » et à « évaluer » le projet. La Conmebol sud-américaine, elle, a demandé des précisions, tout en appelant à « placer toujours le football au-dessus de tout autre intérêt ». L'ancien président de la Fifa, Sepp Blatter, avait également commenté sur X : « Si l'on vend les joyaux du football à des investisseurs privés, on vend également une partie de ce sport - et surtout son âme. »

Des montants colossaux en jeu

Concrètement, la Fifa voulait lever jusqu'à 4,2 milliards de dollars en cédant des parts de la FFE à des privés, qui seraient restés minoritaires, jusqu'à 20 %. Parmi les potentiels investisseurs, les critiques avaient repéré le fonds d'investissement Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner, le frère de Jared Kushner, le gendre de Donald Trump. Gianni Infantino a régulièrement affiché sa proximité avec le président américain avant et pendant le Mondial-2026.

Si le projet avait vu le jour, chacune des 211 fédérations membres de la Fifa aurait pu recevoir une enveloppe exceptionnelle de 20 millions de dollars début 2027 et voir passer sa dotation sur la période 2027-2030 de 8 à 20 millions de dollars. La présidente de la Fédération norvégienne, Lise Klaveness, avait estimé vendredi qu'il s'agissait d'« une forme de chantage », affirmant que la Fifa « n'avait pas besoin de cet argent ». Gianni Infantino y voyait pour sa part une « occasion en or de dynamiser le développement du sport à l'échelle mondiale », avançant qu'« une part trop faible de la valeur commerciale croissante du football revenait aux acteurs de ce sport qui en ont le plus besoin ».

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Un calendrier électoral tendu

La Fifa avait donné jusqu'au 19 septembre à ses membres pour se prononcer, selon une lettre de Gianni Infantino aux 211 fédérations révélée par plusieurs médias. Ce calendrier très court avait été dénoncé par l'UEFA comme un « ultimatum » et une forme de « gouvernance par la peur ». Il s'expliquait aussi par les échéances électorales à venir pour Gianni Infantino, en course pour sa réélection au mois de mars 2027. Un scrutin dont il est pour l'instant le seul candidat déclaré.